Un coeur qui bat.

vendredi 5 février 2010 § 3 Commentaires

Ceci est un billet à tendance emo.

C’est horrible, c’est affreux : on va parler de bons sentiments, de choses sublimes et de choses crades. Des détails à vous mettre une gerbe et des moments d’absolu. Ce que je peux vous dire par contre c’est que ça va être décousu parce qu’on va y aller par thème.

Un zapping mémoriel.

Plus j’avance et plus j’ai de mal à me souvenir. La mémoire est une compagne cruelle qui rappelle les pires souvenirs dans les meilleures occasion et qui m’empêche par exemple de me souvenir du prénom de la fille super-mignonne que j’ai croisé tout à l’heure. Des visages, des personnalités. J’ai parfois l’impression d’être dans All you zombies … de Heinlein (dans le Bifrost 57) : je suis moi, sachant d’où je viens, sachant à peu près où je vais et traversé par des illusions. Les autres n’existent donc peut-être pas.

Il me reste des choses de ma garde de Mardi. Je serai incapable de la raconter en entier parce que je ne m’en souviens plus : elle n’est plus à vif dans mon esprit. Le bar faluchard aussi n’est plus à vif dans mon esprit. J’ai l’impression que le sommeil, en passant par là, a fait le tri entre ce qui l’intéresse et ce qui ne l’intéresse pas.

Au fait monsieur, c’est quoi un sage-femme ?

Le un est volontaire.

Parfois je me le demande en fait. Ce métier semble être un métier médical au service des femmes. Mais cela signifie quoi au juste « au service des femmes » ? Je remarque que l’on apprend avant tout un savoir, savoir-faire et un savoir-être mais que les cours de philosophie qui devraient accompagner la formation sont absents. Certes nous savons ce que nous pouvons faire mais nous ne savons pas qui nous sommes et ce que nous sommes.

Comment expliquer à ceux qui nous prennent pour des infirmiers spécialisés que nous n’en sommes pas ? Oui, on fait un bac +5, des actes chirurgicaux (accouchement, épisiotomie, suture périnéale, pose d’implant, pose de dispositifs intra-utérin), de l’imagerie médicale (échographie surtout) et nous possédons un droit de prescription avancé (tout ce qui est nécessaire à la grossesse et à sa surveillance en terme de biologie et d’imagerie, des arrêts de travail, des médicaments …) qui augmente tous les ans. Mais, que sommes nous ? Je cherche à résoudre cette crise identitaire pour avancer et en attendant j’essaye d’accompagner mes patientes du mieux que je peux : j’apaise leurs craintes, je réponds à leurs (nombreuses) questions, je discute des thérapeutiques avec la sage-femme, je veille à leur confort, je leur tiens la main pendant les contractions douloureuses de la fin du travail (et avec cette main que je sers, elles broient souvent mon bras, mon poignet ou ma main à moi), je les accouche, je les sutûre, je les nettoies, je les surveille, je les distraie un peu, j’essaye de les faire rire surtout et de dédramatiser cet instant plein de tension, de stress et d’angoisse. J’ai compris cela.

J’ai compris aussi ce qu’était « se conduire comme un médecin », phrase qui dans la bouche de Delphine était une pique, presque une insulte si cela n’avait pas été sur le ton de la plaisanterie. Le médecin entre, dit bonjour, sors ses spatules, sors le bébé, suture si besoin et s’en va en laissant tout en plan. Il demande « quelqu’un rallonge la patiente ? » … parce qu’il ne sait pas la faire ? Parce qu’il n’a pas le temps de le faire ? Parce qu’il considère cela comme dégradant ? Encore s’il avait une urgence je ne dis pas mais … c’est quand enfin j’ai vu comment « se conduit un médecin » que j’ai compris.

C’est très bien tout ça, mais ça ne me dit toujours pas ce qu’est une sage-femme.

Un cœur qui bat.

Hier, histoire étrange, une patiente accouche chez elle. Non suivie, accouchement sous X, ne souhaite pas voir son bébé. Un petit garçon qui démarre dans la vie avec, venant de sa mère, un cœur qui bat, des réserves de glycogène et trois prénoms. Je ne sais pas vraiment ce qu’on va en faire. Un petit bébé, un visage très expressif avec des yeux qui s’ouvrent et regardent le monde. Il a passé ses premières heures de vie sur les genoux des sage-femmes, dormant comme un bienheureux en attendant la suite. Sarah, une des sage-femme de l’équipe, est persuadée que la mère reviendra sur sa décision. Nous verrons bien.

Hier encore une surveillance foutue en l’air par une éraillure. Une femme qui saigne, un cœur qui bat toujours.

Mardi une mère qui accouche. Le travail a été douloureux, la température est montée, elle a commencé à avoir de la fièvre. Un cœur qui bat plus vite encore.

Toujours en sortant de garde je dis au revoir à mes patientes. Je les remercie pour ce qu’elles m’ont appris et je leur souhaite tout le bonheur du monde. On peut y croire encore pendant un jour ou deux, avant la sortie de la maternité. Les soucis commenceront après. Peut-être pas. En fait je me rends compte que je ne sais pas comment mes patientes vivent au quotidien. Souvent elles me remercient aussi. Un sourire franc, des vœux, un cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine.

Bavardages.

Une scène de la nuit dernière à Lariboisière.

Un office alimentaire : une table, des chaises, un frigo cassé, un lave-vaisselle, une bouilloire et un évier, des plannings partout sur les murs. A la table du centre les sage-femmes, le bébé et moi.

Entre 2h et 5h30 nous n’avons pas arrêté une seconde. Parler, parler, parler, en se faisant des passes tous les quart d’heure avec le bébé. Syndrome de l’étudiant sage-femme : un bébé c’est trop mignon ; surtout parce qu’on en vois au final peu. D’ailleurs si par extraordinaire quelqu’un me lis et veux faire sage-femme pour s’occuper de bébé, qu’il ou elle passe son chemin et aille faire puériculture ou auxiliaire de puériculture : nous on s’occupe des femmes.

On a parlé en prenant le thé (j’ai utilisé deux ou trois sachet sur lesquels j’ai reversé trois ou quatre fois de l’eau). Enfin… Elles ont parlé et moi j’ai écouté le plus souvent. Ce n’était pas mes affaires, je n’avais pas à intervenir pour commenter la vie amoureuse de ces sage-femmes. Parce qu’évidement ça a parlé de la vie des sage-femmes, de l’équipe, de qui sort avec qui et des avis divers que je tairais. J’ai appris beaucoup de choses encore sur les femmes cette nuit. On passe son temps à apprendre des choses sur les femmes.

On est sorti de l’office vers 5h30 avec la ferme intention de dormir au moins deux heures quand soudain des cris ont retenti dans une des salles de naissance. On a d’abord crut à une blague (pas de transmission, pas d’appel) mais il s’agissait juste d’une patiente qui accouchait, et vite. La salle de naissance à Lariboisière c’est sportif.

J’ai aussi bavardé avec les aide-soignants de nuit (qui n’en reviennent pas que je n’aie que 22 ans mercredi prochain) et celles du jours (oui, il y a un homme dans l’équipe de nuit) avec qui j’ai parlé… MMORPG. Ça vous en bouche un coin hein ! Et oui, l’auxiliaire de jour est une geekette qui joue à WoW. J’y aurai pas cru au départ. Il semble même que ça ne soit pas la seule à jouer à WoW d’ailleurs.

Conclusion du billet.

Dans 10h je dois être à Pantin avec ma valise prête pour partir vers Bourg en Bresse. On y a le Week-End de Formation de l’ANESF et on y débarque en force cette année. Je vais revoir beaucoup de monde que je n’ai pas vu depuis six mois quasiment, je vais rire beaucoup. Je ne sais pas par contre s’il y a un wifi sur place donc je n’écrirai sans doute rien avant Lundi prochain.

Désolé pour ce billet décousu, j’avais envie de changer. Est-ce mieux, lecteur ? Si tu préfères ça, dis le moi !

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§ 3 réponses à Un coeur qui bat.

  • pimousk6 dit :

    deux choses :
    1- je pensais qu’on ne pouvait pas accoucher sous X si on accouchait à domicile, est ce vrai?
    2- jai commencé a lire ton blog hier. sympa mais super galere de reprendre tt au debut, je sais pas si y a des options differentes plutot que d’aller ds un mois puis de faire  » plus ancienne » a chaque fois ou pas mais c a decourager!

    • Gromitflash dit :

      1 – En fait il faut faire la différence entre accoucher sous X, accoucher au secret et porter son enfant à l’adoption. Et les combinaisons qui vont avec. On peut accoucher chez soi et dire qu’on accouche sous X en arrivant aux urgences, on peut accoucher au secret (pour se protéger d’un mari violent) sans forcement porter son enfant à l’adoption… Il y a toujours plein de possibilité.

      2 – Bienvenue et bonne lecture ! Hum… En effet c’est un épineux problème. Il faudrait que j’arrange ça. T’as essayé de passer par le calendrier ?

  • pimousk6 dit :

    si par calendrier tu entends la rubrique « archives » ds la colonne de droite : oui c’est ce que je fais mais ce qui est génant c’est que si tu ferme l’onglet t’as interet a te souvenir de ou tu en etais la derniere fois que tu es passé et puis quand il y a plus de 3 article ds le mois tout ne tiens pas sur une page et il faut remonter page par page.
    mais si tu trouve pas comment arranger ca c’est pas grave hein, je m’accroche!!!

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