Parlons de fond.

mercredi 17 février 2010 § 2 Commentaires

Cet article parlera de fond.

Je ne m’étendrai pas sur ma journée. Je me suis levé tard, j’ai été en cours, j’ai lu les commentaires de deux filles sur mon blog qui m’ont affligé tant dans le style que dans la forme et j’ai lu un article sur le blog d’un odieux connard qui m’a fait bien rire.

Sinon bar ce soir (je débrief demain midi avec les filles). J’ai revu Camille pour une fois. Elle n’a plus beaucoup de temps en ce moment, ça fait plaisir de la voir quand même.

Réflexions.

Attention, pavé. Cela risque d’ailleurs d’être illisible, peut-être sérieux. Vous avez le droit de ne pas le lire, je ne vous en voudrai pas.

« Vous n’êtes pas et vous ne serez jamais des médecins ! » nous dit notre formatrice à la rentrée de l’année dernière. Sur le coup tout le monde sortait de la PCEM1, tout le monde l’a pris au premier degré. La priorité était alors de faire le deuil d’une filière à laquelle nous n’aurons jamais accès (quoique …) et de nous mettre dans le bain. Je n’y avais jamais vraiment pensé. En fait, je l’ai pris pendant longtemps comme quelque chose à prendre au premier degré.

Et puis il y a eu ce livre. Je ne sais pas pourquoi mais il a changé des choses. Un peu comme Oscar et la Dame en rose, il y a un avant et un après ; il y a un déclic qui se fait dans la lecture. Le livre dont je parle est Le Choeur des Femmes dont je ferai bien sûr une critique d’ici à ce week-end (je l’ai presque fini), lecture plus que recommandable pour tous ceux qui bossent en gynécologie. D’ailleurs certains personnages me font penser à mes profs de contraception.

Ce livre pose deux constats : on n’écoute pas assez le femme et on oublie qu’elles sont avant tout des femmes. L’exercice médical lui-même veut que nous soyons professionnels et rationnels ; que nous considérions la patiente comme un corps qui possède un utérus avec un fœtus à l’intérieur. Les cours, la pratique se concentre sur la technique obstétrical, la technique échographique : vérifier que tout va bien, dépister les risques, éviter les risques. On parle de risque, on parle de dépistage. La grossesse n’est pas quelque chose de physiologique ? Parce qu’elle est enceinte, une patiente doit donc tous les mois venir à l’hôpital, être vue en 20 minutes montre en main, se déshabiller, poser ses fesses sur une table, écarter les cuisses – attention madame j’examine votre col qui sera postérieur long tonique fermé (de toute façon il n’y a pas eu de contractions depuis la dernière fois) – et surtout apporter ses examens. « Vous avez des questions ? » disons-nous avec l’air de celui qui espère que non et la patiente qui souvent n’a pas tout compris ou à qui on a donné le minimum légal répond que non. A-t-on fait quelque chose pour qu’elle ait des questions à se poser ensuite ?

Certes on verra souvent qu’on peut prendre 5 minutes pour discuter. Pourquoi la sage-femme envoie l’étudiant dans ces cas là ? Ce n’est pas elle la sage-femme ? Ce n’est pas à elle d’avoir une relation de confiance avec sa patiente ? Quand la patiente, angoissée, vous glisse après l’examen « de routine » fait à chaque heure fixe « Attention, c’est bientôt l’heure ! » et une fois que sa sage-femme est sortie un « J’espère que vous serez là à mon accouchement, ça me rassurerait ! », il n’y a pas de quoi se poser des questions ?

Je crois que le « Vous n’êtes pas et vous ne serez jamais des médecins ! » n’est pas une affirmation. Après tout beaucoup de sage-femmes se comportent, comme on dit à Lariboisière, « comme des médecins ». Je pense qu’il s’agit avant tout d’un vœux. Je crois aussi qu’après une formation correctement effectuée et une sensibilisation nécessaire elle veut dire : « Si jamais vous reprenez quand même des études de médecines ils n’arriveront pas à vous formater car vous resterez des sage-femmes. » C’est un espoir. C’est l’espoir que nous serons capable d’exercer notre métier avec rigueur mais aussi compréhension, que nous pourrons nous arrêter pour écouter une patiente même en sachant que nous en avons une dizaine d’autre à voir ensuite, que nous ne ferons pas se déshabiller entièrement une patiente avant de lui enfoncer un spéculum pour regarder ses pertes sans même lui expliquer avant de la laisser sur sa table d’urgence avec un monitorage sans remettre sa culotte pendant 25 minutes sans même lui donner de drap pour se couvrir.

C’est le refus total de n’être que des experts techniques de la physiologie obstétrical. Nous sommes certes des experts mais nous sommes avant tout des êtres humains. Nous pensons, nous vivons, nous ressentons ce qui se passent avec nos patientes : ce qui est au-delà des mots, ce qu’elle ne nous disent pas et ce qu’elle ne nous expliquent pas.

Entendre ensuite parler de celle qui déshabille entièrement sa patiente pendant toute la consultation « parce que ça va plus vite » ou de celle qui prescrit systématiquement une pillule dans le post-partum « parce que ça prend moins de temps » est-ce acceptable ? On ose ensuite s’étonner que les patientes aient des mauvais vécus de leur grossesse ?

Celle qui m’a épatée, c’est cette patiente croisée en Décembre dernier en suite de couche qui avait accouché par présentation du siège. Elle avait un « bon vécu de son accouchement » officiellement, parce qu’elle a pu accoucher voie basse. En en parlant un peu (pendant une bonne dizaine de minute) elle avait en fait fini par accepter l’idée d’être examinée par la sage-femme, l’étudiante et l’interne à chaque heure et que la salle d’accouchement soit pleine avec le chef de clinique, l’interne, la sage-femme, l’étudiante, deux externe, une infirmière et une élève infirmière. 8 personnes pour braquer leurs yeux et le scialytique sur sa vulve pendant une demi-heure, une épisiotomie pour les manœuvres et un schéma corporel bouleversé. Mais tout c’était bien passé pour son bébé, elle avait donc un bon vécu. Je me demande bien ce qu’elle dira à sa sage-femme à sa visite du post-partum, je ne sais pas si le vécu aura été si bon qu’elle le dit.

Je crois que nous ne devons par rester au stade de techniciens mais nous en affranchir. Les vieilles sage-femmes sont de bon conseil sur ces choses là paraît-il. En tout cas Viviane l’a été.

Il y a une troisième question posée par ce livre, mais je n’en débattrai pas ici car je n’ai pas encore compulsé les bons articles à ce sujet et parce qu’il me manque un peu de vocabulaire anglais. Je sais qu’il faut que je mette la main sur un manuel d’obstétrique anglo-saxon pour me faire une idée de comment avance le monde. Ce que je sais c’est qu’en France le Conseil National des Gynéco-Obs fait référence en tout et que certaines idées reçues ont la peau dure chez eux (si on parlait du DIU pour les nullipares hein ?).

Ce que je sais, c’est qu’en attendant de pouvoir lire tout ça, je vais commencer à attendre ma patiente alpha.

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§ 2 réponses à Parlons de fond.

  • Phoenixia dit :

    Je trouve qu’il est dommage qu’un étudiant sage-femme aie compris ça alors que certains internes aux urgences gynéco ne pigent pas même la gêne que cela peut entrainer. Je peux simplement dire que quand je vois ce genre d’énergumènes qui sur un plan humain ne captent pas la sensation que cela peut procurer, j’ai envie de hurler  »mais connard t’aurais du faire un BEP Boucherie au lieu de te lancer dans l’Internat Gynéco!!! »

    En tout cas cet article m’a touchée en tant que femme, merci, merci mille fois.
    Je t’embrasse fort mon Mimit.

    • gromitflash dit :

      Ben c’est … des internes quoi.
      Ils n’ont pas l’expérience alors que nous on nous la transmet. Ils passent dans des services qui les formates où des mandarins sur leurs trônes administrent la populace française.

      Après il y a d’excellent gynécologue-obstétriciens et d’excellents internes. Le problème c’est que pour cela il leur faut un déclic et que ce déclic ne vient pas avant plusieurs années.

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