La journée de l’Infâme.

mardi 9 mars 2010 § 3 Commentaires

Les antipodes.

Il y a des choses étranges dans Paris. D’un coup de métro, séparés par moins de 5 km, Lariboisière et les Bluets sont un parfait exemple. Lariboisière, niveau 1 comme les Bluets. Là où, d’après l’expression si poétique de ma formatrice on fait de la médecine vétérinaire (« Les sauvages c’est comme les bêtes : ça parle pas Français »). Quelques stations de métro plus loin : les Bluets, coin physiologique.

Je ne vais pas faire un historique de la maternité (ceux qui ne la connaissent même pas de nom s’en foutent, les autres sont déjà au jus) mais plutôt parler de ma première journée de consultation. Parce qu’une petite journée de consultation suffit pour changer de moule.

Après Lariboisière, les patientes difficiles, les contextes étranges et la barrière des langues, revoilà donc les Bluets avec ses patientes qui n’ont plus rien à voir avec la clientèle originelle (passée des membres de la CGT des ferailleurs aux bobo du 12e arr) et qui exprime beaucoup plus d’angoisse.

Une journée variée …

Je suis arrivé vers 8h30, un peu à l’arrache. J’ai croisé la cadre en coup de vent qui m’a sorti un « Ah, tiens, vous êtes de retour ? » avant de s’éloigner. J’ai essayé pendant une bonne dizaine de minute de me souvenir du code du vestiaire, sans vraiment avoir de succès et j’ai fini par demander. De toute façon, dans le doute, il vaut mieux toujours demander.

Arrivé en bas je me sens tout d’un coup perdu. C’est bien sympa, mais au milieu des douzes box, elle est où la sage-femme ? Elle est où ma sage-femme ? Celle qui étend son aile sur l’étudiant pour le guider vers les sommets vertueux de l’art des sage-femmes ?

Au passage je rejète en bloc le mot maïeutique, on en reparlera un jour.

J’ai donc fini par trouver, à l’heure, la personne qui s’occupe des consultations. Ouf ! Et vous savez quoi ? La sage-femme qui s’occupe des consultations le matin refuse les étudiants … J’ai donc rejoint une autre sage-femme beaucoup plus accueillante qui m’a pris avec elle une partie de la matinée. Ensuite est venu le cours de préparation à l’allaitement (demain c’est le cours Douleurs et émotions qu’on a répété en jeu de rôle en cours) et j’ai donc découvert avec qui je travaillais pour le reste de la journée. Elles tournent beaucoup (un roulement type : préparation -garde salle de jour – garde salle de nuit – repos x 2) ce qui fait que je ne risque pas vraiment de retomber sur les mêmes au fur et à mesure. La bonne nouvelle c’est que je connais déjà une bonne partie d’entre elles.

J’ai mangé rapidement et  j’ai fais une hypoglycémie. Ma mère a essayé de me coller de force au régime hyperprotéiné … et moi j’aime pas les régimes quand je ne les décide pas moi même.

J’ai donc retrouvé ma sage-femme pour l’après-midi et on a fait de la consultation. Heureusement que tout le monde a lu Le Chœur des femmes. Premier entretien :

Elle : « Tu fais pas de TV ? »

Moi : « Ben … j’ai aucun indication, on va pas l’embêter … »

Elle : « Et la patiente, elle en pense quoi elle ? »

Moi, à la patiente : « Pardon madame, est-ce que vous voulez que j’examine votre col ? »

Et là, bizarrement, je me suis retrouvé bête. Pourtant je l’ai lu le bouquin, mais il y a encore quelques trucs qui manquent à ma pratique. Cela vient doucement au fur et à mesure (je me demande si je ne fais pas une grossesse psychologique de mon Diplome d’Etat … il y a des risques de travail long et difficile sur la fin).

Un anniversaire ordinaire.

Aujourd’hui était la journée de la femme. On fêtait les 100 ans de la seule conférence de Copenhaguen qui a jamais vraiment marché dans l’histoire. Je parle bien sûr du congrès des féministes européennes de 1910.

En 100 ans il parait que les femmes ont acquis des droits. Étant un bon troll je vais donc pouvoir faire l’étalage des droits acquis par les femmes pendant ce siècle et qui me semblent important. Je signale donc à l’intention que les paragraphes en italique ne sont pas sérieux. Mais alors pas du tout. Je dirai même que ceci va être de l’humour. Du lourd qui tâche. J’ai pas de cerveau féminin, il me manque donc une part féminine subtile.

Le droit à la procréation libre et consentie. A ce jour il y a des publicités pour la contraception partout en France, toutes les femmes et tous les hommes sont capables de connaissances sur leur corps et donc de manier avec dextérité l’arsenal de régulation des naissances existant pour qu’il n’y ait que des grossesses souhaitées. D’ailleurs en cas d’accident chaque femme a un accès parfait et égal à l’IVG ! Bon, il y a quand même eu quelques progrès : vous avez droit à une contraception, à choisir d’être enceinte et parfois vous avez des parents qui vous ont expliqué la vie sans tabou. Nous ne parlerons pas du système éducatif français sur le sujet.

On peut citer dans le même genre le droit de ne plus sous-louer votre utérus à l’Etat pour fabriquer de la graine de soldat.

Le droit de vote et l’éligibilité. Mine de rien, c’est quelque chose d’assez tardif en France, et c’est historiquement une des revendications majeure des féministes.

Le droit de dire merde à son mari : vous pouvez avoir un compte séparé, travaillé si vous le souhJ’aité, divorcer. Au niveau des revenus il gagne exactement la même chose que vous pour un même niveau professionnel.

Le droit à la parité, car au 21e siècle il y a au moins 50% de femmes dans les principaux conseils d’administrations, les principales institutions politique comme le Conseil d’Etat ou même les chambres législatives ! D’ailleurs que de progrès accomplis !

Le droit d’être belle, parfaite, de se taire et de ne pas faire de dépression. Car actuellement on en est à peut être là : la femme est élégante et écoute les magazines de mode, la femme est parfaite et sait cuisiner, coudre, repasser, faire la lessive, avoir une carrière professionnelle parfaite, avoir des enfants, une famille parfaite et surtout, surtout, de pleurer seule dans le noir en portant le monde sur ses épaules.

De ce côté là, disons le net, les hommes sont pires : l’éducation virile de base veut que nous soyons capable de résister à un hiroshima sans même hausser un sourcil pour aller ensuite seuls panser nos blessures dans notre coin.

Mais la situation des femmes à ce niveau là est peu enviable : depuis que les femmes ont un porte-monnaie elles sont une cible publicitaire et des icones médiatiques.

Le droit d’être des petites choses fragiles et jolies. Parce qu’une partie des mecs s’imaginent que les filles sont comme ça. Oui, je sais bien qu’ils rêvent mais … ils ont besoin de quelqu’un à protéger. C’est con un mec. Ajoutons le droit d’être des princesses : une femme ne pête pas, ne rôte pas, ne va au toilette que pour se remettre un coup de poudre, … J’en passe et des meilleurs. L’imaginaire masculin est fertile, je pense que ça méritera un sujet.

Et j’en oublie encore. Beaucoup trop.

Les femmes ont acquis des droits, mais d’après moi il y a encore énormément de chemin à parcourir. La société française reste profondément machiste et réactionnaire ; il y a deux ans ma tante eu tout de même droit à un congrès de gynécologue qui expliquait que les femmes, pour prévenir les divers cancer qui les guettent, devaient faire des enfants tôt (22 à 25 ans pour le premier) avoir fini le 3e avant 30, faire le ménage et les courses (ça fait du sport) et manger pour avoir un IMC d’exactement 27.

Rendez-vous dans 50 ans pour voir si ça a bougé ?

En attendant, joyeux anniversaire les femmes !

Je suis sûr qu’il y a un gros paquet de crétins qui ont pris ça pour un rattrapage de St Valentin et qui a offert des fleurs ou un cadeau à leur femme parce que pour eux, ça n’a pas de sens une journée des femmes.

Dialogue : vu et entendu dans une consultation.

« C’est bizarre, vous avez oublié des trucs sur votre liste non ? »

« Ah ? » on se regarde « Comme quoi ? »

« Et bien ma soeur, pour son accouchement, on lui a demandé de passer avant chez l’esthéticienne pour se faire une épilation intégrale ! »

« Et elle a accouché où votre soeur ? »

« Ben … dans une clinique privée, comme ici … »

La sage-femme se redresse, tique un peu « Alors … voyez vous ici ce n’est pas une clinique vraiment privée c’est plus … »

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