Syndrôme de Criteriose Amotivationnel

jeudi 18 mars 2010 § 1 commentaire

Au fond de mon lit. J’ai pris un bain, j’ai bu un chocolat chaud, j’ai essayé de me détendre comme j’ai pu et, maintenant, j’attends la mort. La mort c’est le double jury de demain. Une formatrice, une sage-femme du service, un dossier tiré au sort et pas le droit à l’erreur. Il parait que c’est un mauvais moment à passer mais que l’on y survit. Pour l’instant l’ensemble de mes probabilités s’arrêtent à la journée de demain. Je n’ai pas ressenti ça depuis mon concours de PCEM1, la session de Juin de mon année de doublant : celle où on a l’impression que l’ensemble de sa vie vacille, miroite comme le fond d’un puits en revoyant d’innombrables futurs.

J’ai continué les Bluets.

Lundi matin, lendemain de la fin du CRIT. Je me suis réveillé dans mon lit, sans la respiration de Rainer dans la couchette au dessus de moi. Je me suis levé et je suis passé dans le salon où personne ne dormait. La table était propre et nette.

Le problème des évènements comme le CRIT c’est qu’ils induisent un sentiment de manque irrationnel : la critériose. On a envie de continuer, d’y retourner. On rêve d’avoir encore quelques jours d’éternité où l’on se lève tard, où l’on va skier avec des potes, où l’on rencontre des gens et où l’on assiste à des fêtes ultimes. Un rêve éveillé, une parenthèse dans la réalité. Le monde réel semble ensuite plus froid, plus dur.

La première patiente arrive en parlant de ses problèmes de couple, de son compagnon qui a commencé à boire.

La deuxième est fatiguée car c’est la fin, elle est angoissé parce que son premier a eu un ictère important et qu’elle a peur de revivre ça.

Elles défiles pendant la journée du Lundi et celle du Mardi. Parfois très en avance, parfois en retard. Toutes elles nous donnent leurs angoisses et la journée passe comme un autre rêve éveillé : une visite dans la vie des patientes, ce qu’elles acceptent de dire, ce qu’elles taisent à moitié, ce que l’on devine parfois. Toutes elles passent ensuite sur la table.

Toujours les même gestes d’ailleurs : une hauteur utérine, une palpation abdominale, des paroles rassurantes. On ausculte le cœur du bébé (celui là même qui bouge sous nos doigts lorsqu’on l’embête un peu) et on discute avec la sage-femme de la pertinence d’un toucher vaginal. Parfois on est d’accord, parfois pas. L’apprentissage du raisonnement clinique et éthique au quotidien : pourquoi fait-on un examen, qu’est-ce qu’on en attend.

Lobbying.

Le bar du Mardi soir ressemblait cette semaine à une invasion d’étudiants sage-femme : Foch, Poissy avaient fait le déplacement en nombre. Le but, c’était de militer pour une croix de GM pour les étudiants sage-femme de Paris.

Je me suis beaucoup amusé, j’ai pris des photos. Et puis on a chanté, on a dansé (un tout petit peu).

Photographie.

D’ailleurs j’ai enfin récupéré mon chargeur d’appareil photo et j’ai donc pu lancer mon projet à base de photos de Paris. Il était temps. Je ne me souvenais pas à quel point le mitraillage systématique était bon : chercher l’angle, chercher le sujet, régler la focale, le temps d’exposition et l’ouverture. Tout ça pour jouer sur les effets de flou, sur les effets de couleur et de lumière.

Avec un appareil qui offre des réglages détaillés, on se sent libre.

Une clinique le Mercredi avant le grand saut.

Aujourd’hui je suis allé à Port-Royal. Toujours une maternité qui m’inspire des sentiments très conflictuels.

La patiente que j’avais choisis avait décidé de ne pas venir pour des raisons personnelles et d’accoucher ailleurs. C’est dommage car son dossier était simple. A la place j’ai donc l’autre dossier « simple » : la patiente avec hépatite B et antécédent de viol. Le plus bizarre c’est que dans les antécédents de viol je m’attends toujours à être refusé parce que je suis un homme alors que les patientes ne m’ont jamais refusé, elle. Étrange préjugé non ?

J’ai préparé le dossier à toute vitesse (en oubliant la moitié des trucs) et j’ai attendu. Ma formatrice est arrivée, ma patiente aussi. Je l’ai mise sous rythme, j’ai présenté mon dossier à toute vitesse, je me suis fait interrompre plusieurs fois (parce que j’avais zappé des trucs, parce que je n’avais pas fait assez de liens).

On est retourné voir la patiente (j’ai présenté le dossier en 30 minutes, je suis assez content pour une fois) qui était en train de faire une hypertonie. Résultat : un rythme pathologique, un enregistrement prolongé d’une bonne heure où je suis resté, presque en chien de faïence à me regarder avec ma formatrice.

L’examen proprement dit m’a choqué. Amnioscopie … quelque chose m’en dit que je limiterai ce geste à d’importantes indications dans ma pratique future. J’ai vu la patiente se tordre en poussant des cris sur la table pendant que ma formatrice tentait d’en faire une en vain. Mauvais vécu pour elle.

Je crois que le pire, cela a été les paroles prononcées : « Ma petite dame. » « C’est qu’un mauvais moment à passer. » « Un effort encore, c’est pour la bonne cause. » En y repensant je me demande ce qui m’a retenu de l’arrêter. Ah, si, j’ai la réponse : la hiérarchie hospitalière. Elle reste ma supérieure hiérarchique et a le dernier mot. Elle est diplômée et je suis étudiant.

Et puis ensuite on a défini une conduite à tenir, un pronostic … raisonnement médical encore (mais je commence à comprendre comment cela marche).

Angoisse mortelle.

Il est une heure du matin, je me lève dans cinq heures et demi. Je sais que je sais. Je sais que j’ai le matériel. Je sais que j’ai le niveau. Ce qui me fait peur c’est l’inconnu encore : un jury aléatoire, une patiente aléatoire et une situation aléatoire. Les dossiers sont sélectionnés pour être simples mais je sais que c’est la présentation de dossier qui me fait peur : la clinique en elle même ne me posera pas de problèmes.

Alors pourquoi est-ce que mon coeur me déchire la poitrine ? Pourquoi est-ce que mon diaphragme a une crampe ?

Il y a autre chose que la clinique, merci d’ailleurs à Exirel pour sa compassion.

Je vous tiendrai au courant. Et puis j’irai faire des photos demain, vu que j’ai mon après-midi à peu près libre.

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§ Une réponse à Syndrôme de Criteriose Amotivationnel

  • ambresf dit :

    allez courage, c’est juste un mauvais moment à passer…
    pour l’amnioscopie, ici les gygy voudraient qu’on en fasse à toutes les femmes à 41SA, perso je n’en fais jamais, je trouve ça douloureux et inutile… (je m’en sors avec « mais je peux pas, le col est trop postérieur! – personne ne m’a encore rien reproché…) je trouve que c’est une pratique d’un autre âge…et le « c’est pour la bonne cause » de ta formatrice… bref, ne médisons pas.

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