Parce que les sage-femmes aussi ont le sens de l’humour.

lundi 23 août 2010 § 15 Commentaires

Récits de gardes.

Je n’ai pas vraiment eu le temps de faire un article de garde par garde. Pour des raisons de vie sociale, pour des raisons de flemme et puis aussi, accessoirement, parce que mon rattrapage ne se révise pas seul comme un grand. J’avais commencé cet article mardi mais mon wordpress, que je maudis, a effacé l’article précédent.

Puis il y a eu une RIK, une garde, un after … et j’avoue que le temps est passé. J’ai même eu le temps d’écrire un article bien enragé au passage. Mais tout cela ne vous avance pas n’est-ce pas ?

Celles qui accouchent.

J’ai fait des accouchements et la plupart se sont bien finis. De beaux accouchements, des accouchements moins beaux et des poussées désespérées. Et puis j’ai eu une garde où tout le monde a fini en forceps (pas de jaloux au moins).

Toujours elles arrivent d’abord aux urgences (ou elles appellent au milieu de la nuit) parce qu’elles ont mal, parce que ça dure depuis 1h et que ça devient dur à supporter. Heureusement pour elle nous ne les renvoyons pas chez elles si elles sont à moins de 5 cm (pas comme le dit un certain site). D’ailleurs on a affiché ce truc dans la salle de naissance de Port Royal, parce que le temps d’expulsion qui peut durer jusqu’à trois heures on a trouvé juste génial.

Quand on leur dit qu’elles sont en travail elles ont toujours des réactions différentes : joie, appréhension, étonnement, confiance. Tout un panel. Les compagnons aussi ont leurs réactions. Ceux qui sont stressé (et qui font des aller-retour entre la salle, la salle d’attente et le devant de mater pour cloper), ceux qui sont enthousiastes, ceux qui se cachent, ceux qui essayent de détendre l’atmosphère avec des blagues.

Et puis toujours cette atmosphère de la salle pendant le travail. Même si là je me rends compte que je passe peut-être trop peu dans ces salles. Est-ce normal ? Passer juste toutes les vingts minutes pour jeter un œil au rythme et dire bonjour-ça-va, je crois que ça ne suffit pas mais je n’ai humainement pas le temps en fait.

Parce qu’à côté de ça il y a le reste.

Celles qui repartent.

Parce qu’évidement les urgences sont aussi pleines de femmes qui viennent pour … je ne sais pas en fait. Est-ce parce qu’elles aiment voir notre tête ? Parce qu’elles ont besoin d’être rassuré ? Parce qu’elles se disent qu’on a un bêtisier et qu’elles veulent en faire parti ?

Pour te faire plaisir, lecteur (ou lectrice) voilà un petit florilège. Ça peut faire rire, peur ou l’ensemble à la fois.

Celle qui avait un tampon : Viens consulter pour métrorragies à 39 semaines. Pas affolée pour une patiente qui dit saigner. Juste un peu de sang sur un tampon. Un tampon qu’elle portait en fin de grossesse à la piscine pour des « raisons d’hygiènes ». Au revoir et à bientôt.

Celle qui a rompu : Parce que fatalement il y en a qui viennent en annonçant fièrement « J’ai perdu un peu de liquide alors je viens accoucher. » Au fait, saviez-vous que les leucorrhées étaient plus abondantes en fin de grossesse ? « Ah ? Ben … maintenant que vous me le dites … » Et bien maintenant elles le savent.

Celle qui a des contractions depuis hier toutes les quinzes minutes : Et donc qui se dit qu’elle est en travail. Enfin toutes les quinze minutes grosso-modo, et puis elles font pas si mal … et si le tracé de tocométrie est totalement plat c’est que là, yen avait pas. Bon, pour elles je suis d’accord, à 40 semaines ça commence à devenir long une grossesse.

Celle qui sent moins son bébé bouger : Et donc que je n’aime pas de base. Parce que, mine de rien, le traumatisme est toujours là. Heureusement en ce moment elles ajoutent « Il bouge une ou deux fois par heure seulement » et en mettant une main sur le ventre on sent un petit corps qui nous file un coup de coude. Je n’aime pas aller voir ces urgences.

Celle qui a un problème … mais je sais pas trop : Parce que fatalement il y a des patientes qui viennent aux urgences pour … rien. Enfin, on ne vient pas aux urgences pour rien. Mais médicalement il n’y a rien, pas de problème, pas de col modifié, pas de bébé qui bouge pas, pas de liquide, de sang, pas de problème, même pas de reflux.

C’est avec ces urgences là qu’on aimerait avoir une vingtaine de minutes pour pouvoir se poser, oublier la salle de naissance, les deux autres urgences en salle d’attente, les patientes en salle d’attente et les sage-femmes autour pour juste se poser et discuter avec elle.

Et parfois, au milieu de tout ça il y a l’urgence, la vraie. Celle où je vais, où je fais mon interrogatoire et où je sors du box voir une sage-femme parce qu’à part poser un monitoring, vaguement poser un speculum ou faire un TV ben … je suis paumé.

Bizarrement c’est le genre d’urgence que je pourrai appréhender l’année prochaine. Cela me semble si loin pour l’instant.

Addendum :

En partant sur mes urgences j’ai oublié le pourquoi de l’article à la base. Oui parce qu’à la base l’article s’appelle Les sage-femmes ont aussi le sens de l’humour et j’ai finalement parlé d’autre chose.

C’était Dimanche, en fin de journée. Il faisait un temps de merde, un temps de 15 Août et la garde était calme. Le tableau était blanc. Totalement blanc je veux dire. Et c’est avant la fin de la garde qu’une sage-femme dit « En fait, à Lyon, on faisait souvent une blague au moment de la relève … histoire de faire peur aux filles de garde ».

Le tableau s’est vite retrouvé noirci avec tout ce qu’on avait pu trouvé d’affreux comme cas. Les morts foetales, les chorioamniotites, les menaces d’accouchement prématurée qui chauffe, l’accouchement à l’arrache … et les gels qui se mettent pas en travail …

Une sage-femme a mis de faux dossier aux urgences, les filles de l’accueil ont rempli l’ensemble de faux cartons …

Et en salle une autre a simulé un rythme de bébé en bradycardie avec les récupérations (en augmentation sa fréquence cardiaque artificiellement à 140 …). Autant dire qu’en arrivant l’équipe de nuit a paniqué un peu et qu’on s’est bien marré avec « L’expulsion rapide », la sage-femme pleine de bétadine sur son tablier et l’interne en train de courir dans tous les sens.

On fait les blagues comme on peut mais la mise en scène était relativement crédible !

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§ 15 réponses à Parce que les sage-femmes aussi ont le sens de l’humour.

  • ambre dit :

    alors là, cet article… ça vaut le coup d’en faire un débrifage!!! c’est quoi ces conneries???
    dommage, pas de tableau blanc chez nous, mais ça vaudrait le coup de faire une fausse feuille de relève…;)

  • Pauline dit :

    Je ne savais pas qu’une mort foetale pouvait inspirer du rire et de la plaisanterie.

    2 ans déjà… François et moi sommes encore détruits.

    Comment osez-vous ?

    • gromitflash dit :

      J’ose rire pour ne pas être détruit. Et j’ose rire parce que l’humour reste la politesse du désespoir.

      Si on n’arrive pas à rire de l’insoutenable, si on n’arrive pas à se raccrocher à une blague de bas étage sur une chose que, mine de rien, je croise trop souvent (oui, parce que j’ai croisé des morts fœtales et que dans le feu de l’action ça me donne plus l’envie de boire plusieurs verres plutôt que de rire) et bien alors je peux suspendre ma blouse et arrêter ici mes études.

      J’ai vu la douleur et je respecte la douleur. Le reste n’est qu’une blague de mauvais goût entre praticien(ne)s.

      Comme disait Desproges, « on peut rire de tout, et même il faut rire de tout : de la guerre, de la mort, du desespoir et des bassesses de l’humanité. Au reste, la mort, est-ce qu’elle ne se gêne pas pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas un peu l’humour noir, la mort ? »

      Ce à quoi j’ajouterai que je suis également pour ajouter qu’il ne faut surtout pas en rire avec tout le monde. Et surtout pas avec ceux chez qui les blessures sont à vif.

      Je suis sincèrement peiné pour votre perte, mais j’espère que vous pourrez la surmonter et continuer à vivre. Parce qu’au dehors, aussi choquant que cela l’a été pour moi, la vie est la plus forte et continue.

  • Mel dit :

    Décidément, on savait que les blogs sur les chevaux portaient à controverse, mais choquer avec un récit de blague au travail…On est vraiment plus libre de rien.
    J’vais peut être me faire (encore) insulter, mais c’est quoi le truc de lire le blog d’un étudiant sage-femme quand on a perdu un bébé? J’ai bien un mot qui me vienne à l’esprit, mais bon.
    En tout cas Gromit’, j’ai trouvé ta réponse au commentaire vraiment belle.

    • gromitflash dit :

      Je suis sûr qu’en plus plein de femmes enceintes et d’étudiantes sage-femme lisent ce blog et puis … je me demande même pourquoi il y a des gens qui lisent ce blog parfois :’)

      Tout ça parce que 10lunes m’a mis en lien (parce que pour le coup, elle est vraiment beaucoup lue par des femmes enceintes).

      • Pauline dit :

        Bonjour,

        Le texte « votre avis ne m’intéresse pas » n’était pas pour vous mais pour l’auteur précédent.. erreur de manipulation de ma part. En ce qui vos concerne, j’en suis restée à la réponse avec la citation Frydman.
        Bien à vous;

        P.

    • PaulineS dit :

      Votre avis ne m’intéresse pas.

  • ambre dit :

    pauline, ce n’est pas du non-respect d’en rire. mais nous voyons tellement de choses terribles qu’il faut qu’on se blinde pour continuer de travailler. c’est, comme le dit gromitflash, une blague de mauvais gout. mais quand on arrive à le relève et que, pour de vrai, il y a une mort foetale dans le service, on ne rit plus. et ça nous détruit aussi. j’ai vécu un décés de bébé à la naissance il n’y a pas si longtemps. les images et la douleur sont encore là.

    gromitflash: par « article », je parlais de celui que tu cites, pas du tien hein!!! désolée, je me suis mal exprimée!

  • Pauline dit :

    Je sais que votre intention n’était pas malveillante.
    Je sais aussi que vous faites un métier fantastique.
    « Je me suis installé au début de la vie car c’est de là qu’on a la plus belle vue »
    Prof. René Frydman Lettre à une mère.
    Bien à vous.
    P.

    • gromitflash dit :

      Après, ayant vécu l’annonce d’une mort fœtale en direct (j’ai « juste » fait le diagnostic échographique), je comprends que cela détruise. J’ai eu droit à mon épisode de deuil accéléré et je me suis effondré à la sortie du box d’écho parce que la douleur et le désespoir qui régnait dans le box était juste insoutenables.

      Mais j’ai vu aussi la vie continuer, parce que la vie est la plus forte.
      J’espère que vous vous remettrez et que vous continuerez, et qui sait que vous arriverez à commencer une nouvelle grossesse peut-être pas vraiment sereine mais avec une fin heureuse. Retourner le passé n’est sans doute pas la meilleure chose à faire.

      Merci pour la citation, je ne la connaissais pas.

  • Gratiane dit :

    « Celle qui sent moins son bébé bouger : Et donc que je n’aime pas de base. Parce que, mine de rien, le traumatisme est toujours là. Heureusement en ce moment elles ajoutent « Il bouge une ou deux fois par heure seulement » et en mettant une main sur le ventre on sent un petit corps qui nous file un coup de coude. Je n’aime pas aller voir ces urgences. »

    Parce que pour vous, celles-là entrent dans votre bêtisier ? C’est exactement là que je me dis que normalement, les sages femmes ont un rôle merveilleux, celui de rassurer les pauvres « idiotes » dans notre genre qui, non, n’ont pas fait les mêmes études que vous et qui donc ignorent exactement « QUAND » venir à la maternité.
    La peur de déranger vous connaissez ? La peur de passer pour une idiote parce qu’on ne sait pas à partir de quel moment la peur qui nous étreint le coeur à l’idée que qq chose n’est pas comme d’habitude est fondée ou non, vous connaissez ?
    Apparemment non, j’en suis désolée.

    En cours de préparation à l’accouchement on nous dit : « Venez, quand vous sentez moins votre bébé bouger ».

    Moi je l’ai moins senti hier encore et je suis allée aux urgences et finalement il était là, bien vivant. Ca m’a tellement rassurée que j’aurais été capable de prendre la sage femme si empathique qui était là, dans mes bras.
    Maintenant, après avoir lu ce que vous, étudiant sage femme, dites à propos de votre « bêtisier » des patientes, j’ai honte d’y être allée. Honte et en même temps je me dis : « comment aurais-pu savoir que ce n’était qu’une fausse alerte ? »
    Je n’ai pas la science infuse.

    Mais c’est vrai que ce soir, à l’idée d’être aussi dans un bêtisier, eh bien je ne suis pas prête de retourner aux urgences…

    • gromitflash dit :

      Pour être déjà clair il ne s’agit pas d’un bêtisier. Au pire d’une blague entre professionnels (parce que oui, de temps à autre cela nous fait rigoler de voir une patiente arriver parce qu’après une séance de « massage du périnée » elle a l’impression qu’une de ses lèvres a gonflé. Je suis donc désolé d’utiliser un vocabulaire adapté à un ton un peu léger.

      Je suis personnellement assez fan du fait d’appeler en salle de naissance avant de venir aux urgences parce que si vous avez perdu le bouchon muqueux, à part vous dire « vous avez perdu le bouchon muqueux, à priori vous n’accoucherez pas aujourd’hui » et bien il n’y a rien. Ou alors il y a autre chose mais il faut avoir le temps de se poser avec la patiente dans le box, prendre vingt minutes et discuter sérieusement.
      Parce que, par contre, si vous venez aux urgences pour un motif qui nous fera sourire et que vous avez des tonnes de question à poser en réalité, et bien non, vous ne nous dérangerez pas. On vous répondra. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour répondre à une question ou à une angoisse, parce que si cela vous empêche de dormir c’est qu’il y a quelque chose de grave derrière et cela représente un motif de consultation.

      Pour revenir à « Celles qui sentent moins leur enfant bouger », je n’aime pas. Définitivement. Et pourtant il faut les voir. Mais je ne sais pas, je préfère celle qui pisse le sang ou celle qui a des pertes nauséabondes ou des contractions à 25 semaines. Parce que dans ces cas là, je peux faire quelque chose.

      Celles qui sentent moins leur enfant bouger, ben elles arrivent et répondent non à ma première question. J’écoute le cœur, je rassure et on poursuit.

      Mais dans des cas exceptionnels, rares, détestable, et bien ma sonde d’échographie tombe sur un cœur arrêté et là je me sens impuissant face à la douleur immense et le désespoir. Je l’ai vécu une fois, je souhaite ne jamais le revivre et je vous souhaite également de ne jamais savoir ce que c’est.

      Parce que je ne les aime vraiment pas, ces urgences là.

      Alors si vous avez une raison d’aller aux urgences, allez-y. Si vous avez peur d’être dans un « bétisier » (qui n’existe pas, soyons sérieux deux minutes), appelez au moins avant. Si vous n’avez pas la science infuse, les sage-femmes non plus mais elles/ils auront les connaissances suffisantes pour vous dire si cela vaut le coup de venir à la maternité ou non.

      Je vous souhaite une bonne fin de grossesse. (Et je vous recommande aussi, en étant plus ou moins sérieux, de ne pas trop vous fier à ce que vous trouvez sur internet … on ne sait jamais ce qui est sérieux et ce qui ne l’est pas).

  • ambre dit :

    mon pauvre gromitflash, tu te fais sacrément attaquer avec ton article… alors il faudrait quoi? que nous soyions des personnes vertueuses qui ne rient jamais des autres, qui font toujours preuve de patience et d’empathie, des personnes parfaites? et bien non, nous sommes des êtres humains, certaines patientes nous agacent et nous font rire, c’est tout. pas celles qui viennent parce qu’elles ne sentent pas leur bébé bouger. celles-là, potentiellement, peuvent nous amener à dire des mots qu’on déteste dire. parce que vous croyez que c’est facile, quand on reçoit une femme enceinte, de penser qu’on va pê devoir lui dire « votre bébé est mort »? parce que vous croyez que ces mots ne nous font rien? 2 fois, 2 fois j’ai du les prononcer. et je devrais encore. alors si je ne me blinde pas, si nous ne nous blindons pas, on fait quoi? que croyez-vous, chères patientes qui critiquez, que nous rentrons chez nous le soir en ayant tout oublié? je porte un bébé dans mon ventre. tout, tout me passe par la tête dans mes rêves. toutes ces images difficiles. quelquefois je vous envie de ne rien savoir justement. parce que moi je ne peux pas appeler la maternité pour me rassurer. alors cessez de nous reprocher de n’être que des être humains. devant vous, jamais nous ne rions, jamais nous ne montrons que nous sommes agacés. mais laissez nous lâcher du lest quand nous ne sommes pas en votre présence.

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