Lune Sanglante.

vendredi 27 août 2010 § 4 Commentaires

Une garde de nuit ordinaire.

Je vous ferai l’ellipse sur ma garde de jour. J’y reviendrai peut-être un jour, si je me met en tête de faire un article un peu poussé sur mon boulot, la façon dont mes patientes me vois et l’Islam. Cela aura sans doute un intérêt mais il faudra sans doute attendre mes gardes à Bichat pour que j’ai assez de recul. Oui, Bichat, j’y retourne l’année prochaine après avoir passé plus de deux ans à tenter de ne pas y remettre les pieds. Sans doute une façon comme une autre de fuir ma PCEM1.

Je suis donc arrivé pour ma garde avec de l’avance, rapport à un gars que je voyais avant pour boire un verre et discuter (rencontre très intéressante avec @MrJMad d’ailleurs qui anime également le site Histoire 2 Rôlistes, je vous le recommande). Je suis donc arrivé avec une salle assez vide, juste une deuxième pare qui m’a refusé (la huitième de mes études, ça se fête non ?) parce qu’un homme ben … ça le faisait pas pour elle. C’est dommage d’ailleurs, quand on a arrêté de capter le rythme de son bébé et qu’il n’y avait que moi ben … « Et ben on capte pas, voilà tout » comme m’a dit une des sage-femmes.

Refuser tous les soins en raison du sexe du soignant, c’est quand même une belle connerie.

La nuit des grossesses path.

Je n’ai pas pu faire grand chose. Nous avons rempli la salle avec des pathologies. Métrorragies, décerclage, accouchement prématuré. Rien de très bon pour moi (parce que je ne sais rien sur ce sujet) et je me suis retrouvé à voguer d’un étage à l’autre pour poser un rythme, faire le point sur une femme hospitalisée ou passer voir une épisiotomie douloureuse.

C’est donc vers minuit que j’ai assisté à mon premier accouchement d’une grossesse gémellaire, aidant comme je pouvais. Nous appellerons cette patiente Zoé pour plus de commodité.

Zoé était angoissée parce que ses enfants étaient prématurés, Zoé était heureuse, Zoé était bouleversée. J’ai été content de pouvoir l’aider même si je n’ai rien fait de spécial. J’ai juste été là pour lui tenir la main pendant que l’interne recousait, pendant que les sage-femmes et les pédiatres s’affairaient.

Et la nuit a trainé.

L’instant où tout bascule.

Vers deux heures du matin, Zoé est préparée à être remontée dans sa chambre après la traditionnelle période de surveillance. Pas beaucoup de saignements, tout va bien. C’est ce qu’on croit. Là apparaissent les maux de tête « en coup de poignard » qu’on ne calme qu’en position assise (ce qui exclu une brèche méningée) et, au même moment, une hypertension. La douleur ? Peut-être.

Le temps passe. Deux primipares arrivent aux urgences, en pré-travail. Enfin quelque chose que je sais faire. Je m’occupe des urgences. Trois heures. Les maux de têtes ont l’air de s’être calmé. Il y a un peu de protéine à la bandelette alors l’anesthésiste prescrit un bilan hépatique.

Je vais boire un peu d’eau, une de mes primipares est dans le couloir du CEF en train de marcher. De temps en temps la douleur la coupe : elle se tient au mur, tient son ventre et souffle bruyamment. Une autre hypothétique Zoé et son mari qui ne parle pas un mot de français. Une autre Zoé essaye de dormir dans un lit de pré-travail. Dans la pénombre de la pièce, à travers la porte, je vois son mari qui lui caresse la tête avec tendresse.

Quatre heure, la mauvaise heure. Je n’aime pas la quatrième heure.

L’infirmière entre faire le bilan dans la salle et j’entends « Mme Zoé ? Mme Zoé ! Répondez moi ! » Je me précipite dans la chambre, je croise l’infirmière qui crie d’appeler l’interne d’anesthésie. Zoé est sur la table, livide, sans réaction. Je prend un pouls, je cherche une respiration. Elle vit mais c’est bas. On pose un scope. L’interne entre dans la chambre, la chef sur les talons. Tout s’accélère. La chambre se rempli de monde. Première tentative de réanimation, on intube.

La patiente est transférée au SAMU une demi-heure plus tard, pendant que moi je surveille mes deux patientes qu’on a transféré en salle. L’IRM rendra un verdict : AVC.

La nuit s’est fini comme elle avait commencé. Le staff médical complet dans la chambre tentant de comprendre, les nouvelles venant par téléphone.

Une drôle de nuit en fait.

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§ 4 réponses à Lune Sanglante.

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