Le sage-femme et la gynéco-med

mardi 12 octobre 2010 § 2 Commentaires

Histoires de Planning bis.

Le problème de ce stage c’est que j’ai plein d’histoires à raconter. Et que je ne peux pas appeler ça « Histoires de Planning » à chaque fois. Je fais un jet de rage. Bon il semble que ça aille encore, et qu’il me faille donc continuer à écrire cet article au lieu d’aller shooter des militants pro-life réactionnaires (et oui, il y a des pro-life progressistes mais nous en reparlerons dans un prochain article !). Ah, je hais les systèmes D10 !

 

Après cette deuxième journée, en faisant l’impasse sur cette saleté de hotline de Packard Bell qui ne répond pas et sur cette grêve qui m’a pourri mon retour (ah, la grêve sur la ligne 4, que de souvenir … mes PCEM1 …), je suis revenu avec quelques anecdotes pour vous divertir un peu.

 

Confrontation.

J’ai commencé ma journée par quelques consultations de jeunes femmes aux contextes familiaux divers. Une qui pour une fois voulait garder sa grossesse (et qui avait plein de questions à poser !) et une autre qui voulait une pilule.

La matinée a vraiment commencé quand j’ai été à la rencontre de mon premier groupe scolaire.

 

Avant d’entrer dans la salle, ça parlait dans tous les sens, ça putassait à mort … des lycéennes.

Je suis entré avec la sage-femme, un mutisme total s’est abattu sur le groupe. Plus rien.

 

En fait ça s’est plutôt mieux passé que ce que je craignais. Il faut inspecter leur cuirasse avec des sujets anodins, repérer la faille et s’y engouffrer. Une fois qu’on y est on élargit l’ensemble et ça découvre le cœur. Là c’était le planning familial, ses missions de prévention/protection, qui a enchainé sur le viol, les rapports sexuels, les sentiments, la contraception, l’IVG. Rondement mené ! On a dessiné des pénis et des vulves sur le tableau blanc, pointé les choses, mis des mots, donné des explications, et ce groupe muet à l’origine est devenu rapidement difficile à calmer.

De temps en temps la sage-femme se tournait vers moi et me shootait la face avec des questions :

« C’est vrai que les garçons ils pensent qu’à ça ? »

« Tu proposes jamais de préservatif toi ? »

Et je me suis retrouvé avec 12 paires d’yeux braquées sur moi. Aie. Inconfortable comme situation.

 

Au final elles repartent un peu plus sûre d’elles même. 12 filles, c’est pas énorme, mais c’est toujours ça de pris.

 

La gynéco-med.

J’ai passé mon après-midi avec la gynécologue. Enfin un peu d’action !

Bon, la classique représentante de laboratoire nous a fait un peu de pub pour ses produits. J’ai donc appris plein de trucs sur la ellaOne (nouvelle contraception d’urgence si mystérieuse pour l’instant) et sur les DIU Mona Lisa (les préférés de la gynécologue). Ces DIU, d’ailleurs, j’attire votre attention, on le chic d’être remboursé, fiable (d’après la fille du labo) et surtout pour un DIU en cuivre acheté, c’est un DIU qui part au Sénégal ou au Mali dans un centre de médecine. Et ça, c’est ce que j’appelle de l’initiative.

Entre deux patientes la gynécologue m’a appris pourquoi on prescrit toutes ces sortes de pilules dont les noms me donnent le tournis (il y en a juste beaucoup trop quoi !) et j’y vois un peu plus clair.

 

Je me suis donc retrouvé face à cette question posée cinq mois plus tôt par une copine. « Tu vas faire comment pour examiner les jeunes filles ? Ca va les gêner à mort non ? ». Ben en fait … pas vraiment. La meilleure réponse a été « Bah, tant que c’est médical … »

J’ai donc appris quelques petites choses, mais la vraie bonne grosse pratique c’est pour demain.

 

Une vie.

Dernière patiente, une mère de famille qui tranche avec les mineures, les jeunes sans papiers précaires et les étudiantes fauchées. Elle vient juste pour un suivi de DIU, histoire de voir si tout va bien.

En fait, il s’agit d’un dossier très épais et la première consultation remonte à 1996.

 

Zoé alors âgée de 15 ans arrive en France.Elle accompagne son mari (qui a facilement 30 ans de plus qu’elle) et ne parle pas un mot de français. Contexte de violence conjugale, contexte de polygamie, de mariage forcée. Trois enfants plus tard, Zoé le quitte avec ses trois enfants, sans laisser d’adresse.

C’est une femme qui a traversé plus d’épreuves que je n’en traverserai sans doute jamais. Sans s’abattre elle a appris le français, appris a écrire, elle a trouvé une formation et un travail, commencé à payer son loyer et à vivre avec ses enfants.

Au fond de ses yeux se trouvent la fierté et la dignité. Ce qu’il reste quand tout le reste a foutu le camp.

 

Aujourd’hui Zoé amenait sa fille à peine adolescente pour lui montrer le planning et lui présenter les sages-femmes. « C’est un endroit où tu peux aller, on peut leur faire confiance. »


Publicités

§ 2 réponses à Le sage-femme et la gynéco-med

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement Le sage-femme et la gynéco-med à Journal, deuxième partie..

Méta

%d blogueurs aiment cette page :