Ézéchiel 25 : 17

samedi 16 octobre 2010 § 1 commentaire

The path of the righteous man is beset on all sides by the inequities of the selfish and the tyranny of evil men.

Et c’est ainsi que commence mon juste courroux.

Cet article pourrait parler d’associatif, mais il ne parlera pas d’associatif.

Non, à la place il va parler d’histoire des sages-femmes, de représentation des étudiants sage-femme et de trucs de ce genre. Peut-être qu’à la fin vous aurez une petite histoire en plus si vous êtes sages et si j’ai de quoi vous alimenter (mais ces deux derniers jours ont été plutôt calmes donc je ne sais pas).

 

Ainsi nous allons parler d’histoire. L’histoire de l’obstétrique nous est enseigné en deuxième année (la PP1) et couvre une très vaste période. En gros -8000 à 1900. On s’aventure même parfois à aller jusqu’en 1930 mais faut pas déconner. Il y a des risques. Le genre de risques qui soudent une identité professionnelles autours de valeurs communes ; car la PCEM1, j’ai l’impression (et je commence presque à en avoir la certitude) encourage trop le côté technique au détriment du côté humain.

Mais nous en reparlerons en fait.

 

Accoucher. Femmes, Sages-femmes et Médecins dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Un bouquin d’Yvonne Knibiehler. Un bouquin que n’importe quel étudiant sage-femme devrait lire en sortant de la PCEM1 en réalité. Car ce livre décrit le malaise, le mal-être d’une profession privée d’autonomie, subordonnée à l’autorité masculine toute puissante du gynécologue obstétricien. Et puis le retour des sages-femmes sur le devant de la scène, le retour des libérales, les revendications sur l’accouchement à domicile ou les maisons de naissance, l’accompagnement global, …

Et la grève de 2000.

 

Ce qui m’amène à deux choses.

D’abord l’eutocie. Pour ceux qui ne sont pas sage-femme (qui sont justement responsable de l’eutocie), cela signifie le respect de la nature, l’absence de pathologie. En fait je me demande pourquoi on a toujours pas jeté dehors les obstétriciens qui font du travail de sage-femme et font des accouchements physiologiques. Cette survivance du 18e siècle (où justement les obstétriciens cherchait à se démarquer des médecins et allaient accoucher les bourgeoises) est invraisemblable si on regarde la démographie médicale française. Les obstétriciens devrait bosser en hôpital ou en clinique et s’occuper de leur domaine : la pathologie.

(J’admets que cette réflexion n’a rien d’extraordinaire en soit … mais bon ça me fait du bien de l’écrire. Ca soulage ma juste colère dirons nous).

 

Ensuite l’orientation. Actuellement elle est effectuée en début de grossesse par un médecin. Moi ça me choque en fait. C’est faire l’a priori que cette grossesse ne sera pas normale. Et je crois qu’on touche là le cœur même du problème : il faudrait non pas que les obstétriciens pose un accord de voie basse, mais que les sage-femmes posent une indication de césarienne.

Parce qu’actuellement ça ressemble à …

L’obs : « Bon, ok, ya vraiment rien dans ce dossier … bon je te la file et tu viendras me faire ton rapport hein, parce que bon, on sait jamais …. t’es responsable mais si ya une couille faudra que je puisse te défoncer la gueule devant le tribunal, crédibilité tout ça, t’as vu. »

La SF : « Oui chef. Ah et sinon quelle crédibilité … mais ouais t’auras un rapport détaillé demain au staff »

Alors que dans mon esprit ça devrait plus être un truc du genre …

La SF : « Bon, j’ai un soucis. Tu vois à l’examen clinique j’avais une impression de rétrecissement alors j’ai fait faire un pelviscan et elle a un bassin chirurgical. Tu vas devoir la césariser si on veut que ce gosse sorte. Sinon pour le reste, ça roule, rien pour toi. »

L’Obs : « Bon ben j’appelle mon interne, on va le sortir ce gosse. Genre on dit Jeudi 9 ? »

La SF : « Ouais, ça me va, j’ai juste deux déclenchement. Mais tu me la fout pas sous Nalador comme la dernière hein ? »

L’Obs : « Non, promis, juré, craché. »

Genre la sage-femme qui serait ce qu’elle est formée pour être : une professionnelle autonome qui dirige la patiente sur un médecin compétent s’il y a une pathologie et qui gère le reste.

Car le soucis principal de la France c’est cette histoire de normalité à postériori et de « grossesse à bas risque ». Dans beaucoup d’autre pays (je pense par exemple aux Pays-Bas ou au Danemark) les sage-femmes font le tri « Grossesses normales et grossesses pathos » et redirigent les patientes qui ont un problème vers les médecins qui pour le coup sont ceux qui pourront leur apporter une solution.

 

Et sinon à par lire, tu fous quoi au planning ?

J’ai fini ma première semaine au planning. Je commence à avoir l’esprit critique sur les pratiques, sur les questions à poser. C’est le métier qui rentre je crois. Maintenant, les histoires de retard de règle, les histoires de pilule (et de pilule du lendemain) commencent à rentrer. Pareil pour les histoires d’implant, de DIU ou d’anneaux.

 

L’âge de ma mère.

Je me rappelle de temps en temps que je n’ai que 22 ans, mais je me trouve souvent dans une position d’autorité face à des patientes de mon âge ou qui ont celui de ma sœur. Jusque là rien d’anormal. Mais là, je tombe sur des patientes plus âgées.

En fait se retrouver pour la première fois avec des questions de ménopause me fait drôle. Les dossiers sont déjà plus épais, les problématiques plus difficiles et les anamnèses plus longues. Forcement je me retrouve toujours à parler de leurs grossesses, de leurs enfants. Ah, les habitudes professionnelles qui entrent. Au moins c’est une façon simple de nouer le contact la première fois.

 

Aujourd’hui la mode était à la palpation mammaire. Chercher les masses, les situer, les coder. Est-ce qu’elles font mal ? Chercher dans le creux de la clavicule et dans le creux axillaire s’il y a un ganglion suspect.

Et peu à peu on se rend compte que oui, la contraception évolue énormément d’un temps à l’autre. Que de difficultés en fait. Quand je pense que certains pensent résumer ça avec un « Elle a qu’à prendre la pilule ».

 

La psy qui ne connaissait pas l’obstétrique.

A la fin de la journée, débat sur une histoire bizarre. Vous savez il y a des histoires étranges parfois au planning. Des mots qui restent en suspend.

Comme quand une fille d’un groupe scolaire nous demande si le fait d’avoir eu un rapport à 10 ans fait qu’elle ne sera plus vierge à 18 ans. Ou quand une patiente nous demande si c’est vrai que certains parents vérifient l’hymen de leur fille avec le doigt.

Oui, je ne travaille pas à proprement parler avec une population favorisée en ce moment.

 

Fin de la journée donc, la psychologue viens nous voir. « C’est possible ça de garder un enfant mort pendant 2 mois sans s’en apercevoir ? » Une histoire étrange en réalité, d’une femme qui a fait une série de mort fœtale à 7 mois. Quatre fois d’affilé. On en a donc parlé. Ce qu’est une mort fœtale, ce qu’est une fausse couche, ce qu’est une aspiration ou ce qu’est un curetage.

Perso je pense qu’il est possible que la patiente ai été dans le déni. Je ne vois pas vraiment d’autres explications. Mais c’est une histoire difficile. J’ai vu la psy pâlir une fois ou deux alors qu’on entrait un peu dans les détails. Elle a eu un regard d’empathie. « Et c’est courant les morts foetales ? »

Cela a réouvert une petite blessure. Mal cicatrisée peut-être.

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§ Une réponse à Ézéchiel 25 : 17

  • ambresf dit :

    ça me rassure un peu de me rendre compte que là où je travaille, on est plus comme dans ta 2e discussion: les sf suivent les grossesses, les gygy font les échos, et nous quand on a un souci, on demande son avis au médecin ou on fait passer le dossier au staff…
    pour les MFIU… 2 mois sans s’en rendre compte, ya un professionnel qui n’a pas bien fait son boulot…étant donné qu’on les voit tous les mois, les futures mamans…
    quant aux scolaires… notre responsable du planning l’autre jour a demandé à des 3e de citer des moyens de contraception. résultat: advil, doliprane. sans commentaire.

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