Autonomie

lundi 22 novembre 2010 § 6 Commentaires

Mes gardes se suivent sans se ressembler.

Je trouve mes marques peu à peu, une espèce de lente mutation, comme un petit orchestre qui apprend à jouer à l’unisson. Il y a encore des décalages, de petites erreurs que les sage-femmes corrigent avec patiente. Je suis heureux d’être à Bichat, les sages-femmes y sont très pédagogues.

Guider.

J’ai fait mes premiers accouchements seuls comme un grand avec la sage-femme juste à côté qui jetait un œil de temps à autre pour voir comment cela avançait, me glissait un conseil à l’oreille. Je trouve cela assez perturbant de devoir penser à tout, de passer du stade où on observe en imitant, à celui où l’on commence à se mettre en avant.

Maintenant la sage-femme avec qui je travaille sur un dossier passe juste parfois pour s’assurer que tout se passe pour le mieux pendant le travail et pour vérifier que je suis dans le bon chemin, que je ne passe pas à côté d’un petit truc.

 

C’est le jeu.

Cette garde de nuit a été fortement calme. Quand je dis calme c’est qu’on a eu le temps de parler, de lire. Deux cas marquants en fait, des règles du jeu.

D’abord ma Zoé de la nuit, une primipare très sympathique que j’ai accueilli à 1h30 du matin. D’abord pour une perte de liquide, puis parce que son col se modifiait. Doucement d’abord, puis de plus en plus. Les contractions se sont rapprochées, sont devenues plus douloureuse. Elle est resté confiante pendant tout le travail, même quand cela commençait à devenir dur. On a posé la péridural, on l’a fait tourné doucement. Je pense que ça s’est plutôt bien passé pour elle.

Je l’ai laissé à partie moyenne à la fin de ma garde, entre les mains d’une étudiante plus fraiche que moi. C’est le jeu qui veut ça.

 

Ensuite il y a eu une patiente que j’ai peu vue, que je n’ai pas approché mais que j’ai aidé à prendre en charge en discutant avec l’équipe. Une menace de fausse couche tardive qui a rompu la poche des eaux. On a beau réfléchir à ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, les émotions nous disent qu’il faut essayer d’arranger les choses. Sauf qu’on ne peut pas. En fait en mettant tous les éléments en balance, on ne doit pas arranger les choses parce que ça ira encore moins bien.

Vous savez les cours d’éthique ? Et bien ça ne sert pas à grand chose. Ma première vraie leçon d’éthique je l’ai eu cette nuit.

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§ 6 réponses à Autonomie

  • ambre dit :

    on a le même cas actuellement… rupture à presque 20SA, il n’y a pas le choix, il faut arrêter la grossesse, on ne doit pas s’acharner… pas contre, ma collègue m’a parlé d’une étude dans le nord, qui est actuellement en cours donc non publiée, qui tendrait à prouver le rôle des vaginoses bactériennes dans les FCS tardives…

  • Knackie dit :

    J’ai l’impression qu’il y a un mélange entre FCS et rupture (très) précoce. J’ai régulièrement dans mon service des patientes qui rompent à 17SA, 20, 25 etc… et ne contractent pas, ne s’infectent pas. On surveille la quantité de liquide amniotique et s’il n’est pas un oligoamnios majeur le foetus a une chance de se développer pas trop mal (notamment au niveau pulmonaire, c’est ce qu’on craint le plus). En tout cas on peut tenter le coup quit à faire une IMG plus tard si on voit que vraiment ça ne va pas.
    Le « il faut » arrêter la grossesse de ambre, me dérange un peu. C’est quand même important d’expliquer les choses aux parents et il y en un certains nombres qui souhaitent se tourner vers un accompagnement plus qu’une IMG.
    Concernant les bêtes dans le vagin, effectivement, elles jouent un rôle notamment le Gardnerella qui a lui seul peut être la principale cause d’une RPM.

    Concernant l’éthique, je me suis souvent ennuyée dans ces cours ^^

  • elly10 dit :

    Ah moi je pensais que c’était déjà prouvé le rôle entre FCT et vaginose bactérienne (d’où le PV en début de grossesse suivante). Et effectivement au CHU il y a pas mal de femmes qui rompent avant la limite de viabilité mais qui accouchent bien plus tard d’un enfant vivant (j’ai bien dit « vivant », pas forcément « vivant sans séquelles »)

    Mais qu’est ce que j’apprend, on part en laissant une patiente à complète!? (je plaisante bien sur…)

  • ambre dit :

    cette patiente en l’occurence, « il faut », knack. elle a déjà perdu un bébé dans de telles circonstances en étant restée 8 semaines au repos…
    maintenant, avec une rupture très précoce, je ne vois pas comment on peut éviter l’oligoamnios. et une infection est quand même très probable. alors s’acharner alors qu’on sait qu’il y a peu de chances que l’enfant naisse sans séquelles, je ne vois pas trop…

  • Knackie dit :

    Ben oligomanios sévère c’est pas forcé… en tout cas nous entre le diagnostic de rupture et en l’absence de signe infectieux, on se laisse quinze jours pour voir comment ce liquide se reconstitue. Après je ne connais pas ta patiente.

  • ambre dit :

    elle est en oligoamnios sévère même limite anamnios… et vu ce qu’elle a déjà vécu, on a décidé de ne pas s’acharner…

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