Le facteur parental

mardi 25 janvier 2011 § 8 Commentaires

L’épilogue d’un étudiant sage-femme insomniaque qui a passé la nuit de dimanche à lundi à regarder TBBT.

En ce moment je m’ennuie en stage. Je crois qu’il s’agit de ma période pré-anniversaire de perte de motivation qui atteint une fosse abyssale tous les ans au 10 du mois de février. C’est donc ainsi que commence depuis deux semaines mes journées de stage d’échographie. Grosso-modo il s’agit d’un long dialogue avec moi-même qui motive que je mette le réveil deux fois à 15 minutes d’intervalle. Mais plutôt que de vous entretenir plus longtemps des considérations métaphysiques d’un monologue matinal, je vais vous écrire un exemple typique.

 

Voyez la science et le rationnel s’effacer devant la flemme et le manque de motivation

La première chose que je me dis est toujours « Ptain, il est déjà 7h25, j’ai l’impression de ne pas avoir dormi … cela serait vraiment mieux si je pouvais dormir une heure de plus. » Il s’agit de ma problématique de travail. J’émets alors une hypothèse « On est samedi/dimanche/jour de repos et comme un con j’ai oublié d’enlever mon réveil ! » Dans 80% des cas j’infirme cette hypothèse en jetant un œil à mon portable qui m’apprends non seulement je travail mais qu’en plus si je ne bouge pas mon cul dans les 10 minutes qui suivent je devrais choisir entre la douche et le petit déjeuner.

Notez que le plus souvent je saute le petit-déjeuner. Mais il s’agit d’une histoire totalement différente.

 

C’est alors qu’interviens la discussion.

Elément indispensable à toute prise de décision efficace ! Il s’agit de trouver des arguments pour, des arguments contre et des contre-arguments.

D’abord le « Franchement, est-ce que j’ai une utilité quelconque là où je dois aller aujourd’hui ? » Actuellement la réponse est négative, ce qui n’arrange vraiment rien. Pour tout dire, je me retrouve à ne servir pratiquement à rien à part essayer de montrer un rein aux patientes. Celles qui ne savent pas ce qu’on voit sur un écran d’échographie à moins que l’on mette les sous-titres avec des gestes explicatifs. Sinon je change le papier sur le divan et j’attrape l’iconographie qui sort de la machine. Je sens même que faire des gardes de nuit en suite de couche pourraient être plus exaltante (sachant qu’il s’agit chez nous d’une sanction disciplinaire rare).

Il me faut donc un contre-argument solide en ce moment qui s’avère être « Hep, pas si vite ! Aujourd’hui t’es avec … et si tu te pointes pas ou si tu te pointes en retard tu vas avoir des problèmes ! » ce qui met le plus souvent un terme à la discussion à moins que mon esprit brumeux n’invente un merveilleux « Ah mais non, c’est vrai qu’aujourd’hui elle est en consultation/diagnostic anténatal. » Les chances que je la croise sont alors de zéro, ce qui réduit l’argumentaire précédent à néant.

 

L’excuse, cette ennemie de toujours

Alors se pointe l’idée pernicieuse « Bah de toute façon, j’aurai une bonne excuse ! » sachant que sur les plannings de vacs une bonne excuse peut très bien être « Je n’ai pas regardé hier en partant et je n’ai pas vu qu’ils avaient passé l’heure de début de 9h30 à 9h ! » Et sinon il reste la gastro de la petite sœur « J’ai été un super-grand-frère qui a attendu dans le froid que ce con de pharmacien ouvre pour aller lui acheter des médocs ! » ce qui peut être plutôt cool en fait (désolé de t’utiliser comme ça si tu lis ces lignes, mais c’est tout de même une excuse que je me garde en stock, sachant surtout que cela peut facilement devenir une réalité) ; mais aussi le moins glorieux « On a eu une fuite dans la salle de bain ce matin et j’ai attendu ce crétin de plombier qui n’est arrivé qu’à 15h alors qu’il avait dit qu’il viendrait dans la matinée. » Notons que cette excuse (qui s’est en fait avéré être une réalité mardi dernier) a le mérite de dévier la conversation vers le prix exorbitant des plombiers à Paris, ce qui m’évite d’avoir à faire quelque chose de cohérent parce que la personne avec qui je suis râlera aussi sur mon plombier imaginaire qui arrive de toute façon toujours en retard et qui a en plus la fâcheuse habitude d’éditer des devis immondes.

Sachant qu’il y a aussi une excuse qui marche quand on est avec un médecin qui s’en fiche : « J’étais là hier avec le Dr Chose, je suis resté dans le box donc on avait peu de chance de se croiser. » C’est suspicieux mais fortement plausible.

 

Et c’est à ce moment là que germe l’idée qui peut anéantir tout effort de ma moral : « De toute façon tout le monde s’en fiche et ce que tu y apprends ne pourra jamais être appliqué sauf si tu passes le DU d’Echo ce qui t’embarque dedans pour deux ans et un mémoire. » Echec et mat.

 

Mauvaise conscience

Dans ces cas là j’abandonne presque, je décalle mon réveille et …

La voix de ma mère ou de mon père retentit fort dans le salon « Hey ! Debout là dedans ! Si tu ne pars pas dans un quart d’heure tu vas être en retard ! »

Ma conscience débarque comme la police métropolitaine dans mon esprit (elle attendait le délai légal derrière la porte, cette saleté) et elle me dit que si je n’y vais pas je le regretterai jusqu’à la fin de mes jours (j’avoue que sécher un cours ou une journée de stage me met extrêmement mal à l’aise).

Pendant 5 minutes je lutte de toutes mes forces spirituelles en me disant que je l’écraserai, que je la vaincrai, que ma flemme triomphera et que j’ai le droit à un jour de week-end en plus au milieu de la semaine. Là je vois mon réveil, je réalise qu’il me reste 10 minutes et qu’il s’agit du temps exacte qu’il me faut pour prendre une douche, m’habiller et partir en courant.

 

Je ne suis pas de taille à lutter contre cette entité mentale. C’est le manque de sommeil ou la culpabilité et clairement, la culpabilité ne m’étouffera pas si je m’endors pendant ma pause déjeuné. Je saute donc de mon lit et je me précipite sous la douche.

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§ 8 réponses à Le facteur parental

  • Fluorette dit :

    C’est un dilemne aggravé par cette impression que notre absence ne changerait pas la face du monde!
    Courage

  • elly10 dit :

    BOn courage!
    Moi aussi ma motivation descend en chute libre… Heureusement que je n’ai pas à me lever tous les jours en ce moment!

    • Gromitflash dit :

      T’as de la chance !
      Mais courage ! T’es utile et indépendante toi maintenant ! C’est la dernière ligne droite non ?

      • elly10 dit :

        Oui, et c’est à la fois stressant et exaltant… Beaucoup de travail, de fatigue de stress = craquage pas loin. Mais j’ai la sensation de tenir le bon bout.
        C’était limite pire en 3e année, car comme dit un proverbe (que j’ai lu je ne sais où): « A un moment, quand on traverse une rivière, on ne voit plus la rive qu’on a quittée et on n’aperçoit pas encore celle qu’on a atteindre »

      • Gromitflash dit :

        Personnellement je vois ça comme de l’alpinisme … tu arrives sur un plateau, tu regardes le mur devant toi et tu te dis « putain, je pensais pas qu’il serait encore plus raide que ce qu’il y avait avant ».

        T’es presque au sommet … tu me diras si le mur suivant est pire ou si on a droit à de la plaine.

  • Caro dit :

    Mode subversif on : perso, sur 3 semaines de stage d’écho, j’ai fait 2 vacs, et je m’en suis pas plus mal portée… Les bases nécessaires pour une sage-femme lambda sont vite acquises pendant les stages d’explos.

    Mode subversif off : ne pas aller en stage, c’est mal. Il faut aller en stage pour être un bon étudiant.

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