Fuck It! I Can’t Find Any Title!

vendredi 28 janvier 2011 § 9 Commentaires

Ou comment j’ai fini par craquer pour un titre de merde, parce que je n’avais définitivement rien de bien.

 

Ainsi commence donc un court article sur ma dernière semaine en pédiatrie, plus particulièrement sur les journées de mardi et de mercredi qui furent assez dures mais relativement intéressantes tout de même. Nous allons parler de mort. Si vous êtes enceintes, sensible, ou si vous cherchiez sur un blog d’étudiant sage-femme des anecdotes fun sur son mode de vie et ses études vous pouvez donc fermer votre onglet.

(Parce que, soyons sérieux, tout le monde a des onglets ; ou vous vivez dans une grotte.)

 

There Won’t Be Three-Volley Salute

Mercredi, alors que je flemmardais sur mon ordinateur en attendant l’après-midi (ce qui est cool quand les échographies ne font que 14h-17h), j’ai reçu un mail de merde. Vous savez les mails sans objets qui viennent là où ne s’y attend pas et qui vous informe avec forme, rigueur et tristesse que quelqu’un est tombé.

Elle avait 23 ans, elle était cool, elle étudiait à Clermont-Ferrand pour être sage-femme et Dimanche elle s’est tuée sur la route.

Il n’y a pas de haie d’honneur pour les héroïnes ordinaires, juste quelques larmes et des lettres de condoléances écrite rapidement. C’est con, mais j’avais envie de le faire remarquer.

 

GDM

Mardi j’ai passé une grosse pause déjeuné dans l’office des étudiants sage-femme. Cliniques, stages … la routine. J’entre dans l’office pour manger et je retrouve un gars qui est en garde actuellement dans une mater parisienne et qui s’est mis là pour récupérer de sa garde avec dystocie des épaules vraies + deux morts fœtales. Glamour, toujours. Surtout quand on vient de finir des échographies de premiers trimestres et que sur les 3 deux étaient des fausses couches.

On dirait que c’est une mode en ce moment.

Bizarrement depuis ce qui s’est passé cet été, j’ai un rapport un peu plus détaché avec la mort. C’est toujours aussi craignos, c’est toujours aussi horrible, je déteste toujours voir mes patientes s’effondrer en larme sur la table. Mais il faut dire que je commence à en voir et à en entendre parler. C’est là. Et c’est tout. Comme si la plaie qui s’ouvre à chaque fois cristallisait toujours plus résistante.

 

En fait je comprends beaucoup mieux les cours que j’avais en PCEM1 où un mec un peu fou (le professeur Jean-Claude Ameisen, en fait) nous a fait un cours sur la mort. Le paradoxe de la mort, le fait que sans la mort il n’y ait pas de vie et que la mort se définisse comme l’absence de vie (alors que la vie est un déséquilibre dynamique, mais ça …). En gros il nous avait parlé d’un côté biocellulaire important de la mort dans la construction du vivant (croissance, maintient de la vie, plasticité cérébrale) et sur la place de la mort en médecine.

Un cours quand même plus intelligent que celui de son collègue sur les enfants qui meurent, tirant des larmes à des générations d’étudiants.

Le premier exposé était juste pragmatique.

« De toute façon n’essayez pas de combattre cette force, vous n’avez juste aucune chance parce que là où se trouve la vie se trouve toujours la mort. »

Le deuxième était juste dans l’affect et le pathos.

« Parfois la médecine c’est dur, j’aimerai vous parler de trois patients qui m’ont bouleversé. »

Je remarque que la première fois que j’ai croisé la mort pour de vrai, je me suis retrouvé dans la deuxième situation. J’ai été choqué, j’ai eu mal, j’ai été blessé. J’ai l’impression d’avoir maintenant une sorte de bouclier, une conscience de l’anormale banalité du phénomène. Un certain pourcentage de patiente perde leur bébé, même si c’est injuste, et je croise plusieurs centaines de patientes par an. Il y en a qui perdront leur bébé. Et c’est tout. Que ce soit la fausse couche à 8 semaines ou la mort fœtale à 38 semaines. Paradoxalement cela montre que la vie existe à cet endroit là.

 

Euthanasia

Ah et sinon, pour finir sur le thème morbide à souhait avec de quoi faire pleuvoir des milliers de commentaire injurieux sur mon blog, je tiens à féliciter nos sénateurs. Cela semble étrange mais ces braves gens se sont souvenus que la loi donne le droit aux malades qui sont en fin de vie à des soins palliatifs et qu’autoriser (ou obliger) des gens qui ont 12 ans d’études à appuyer sur un bouton pour mettre fin aux souffrances de quelqu’un que sa famille ne supporte plus de voir souffrir.

C’est vrai quoi, au lieu de faire son deuil en mettant tout en ordre, pourquoi ne pas accélérer les choses avec une piquouse ? Après tout on pique bien les chiens et certains modèles européens du vingtième siècle plaçaient les chiens au dessus de certains hommes en terme de traitement. Disons que les chiens aussi étaient dans le froid et derrière des grilles mais ils mangeaient à leur fins et ne travaillait que 10h par jour.

(pardon pour le Godwin accidentel)

 

Après tout, je trouve étrange que l’on accorde au corps médical, en plus du pouvoir de vie, le pouvoir de mort. Hyper intelligent. Non, vraiment.

Limite, alors que je suis pour le suicide assisté (en parti parce que je pense que chaque personne a le droit de mettre fin à ses jours, surtout parce que ça éviterait les gens qui se jettent sous le RER B avant que j’aille en cours), l’idée de l’euthanasie me rend juste malade. Surtout quand cela est basé sur un prétendu droit à mourir dans la dignité. Je veux dire : depuis quand est-ce que mourir d’une piqure est digne ? Ca ne vaut pas le coup d’avoir le temps de préparer son départ, d’apaiser les gens … les soins palliatifs restent à mon sens la seule façon d’assurer la dignité de quelqu’un qui va mourir.

Le problème (qui, je pense, amène le débat sur le tapis) c’est que les soins palliatifs coûtent chers, sont mal assurés et demande de la place, des équipes etc. Bloquer un lit d’hospitalisation pendant 10 jours pour accompagner la mort de quelqu’un alors qu’avec un rendez-vous et une intraveineuse de chlorure de potassium on peut régler ça en 20 minutes, au niveau économique, cela n’a pas de sens.

 

Evidemment la piquouze ça reste facile pour tout le monde : pas de responsabilité, pas de discussion.

« Je veux mourir ! »

« Vous êtes sûr ? »

« Oui ! »

« Ok, je vais chercher mon matos et je reviens. »

Je trouve qu’il faut une certaine lâcheté pour refuser de vivre sa mort. Prendre conscience du temps qu’il reste, partager pendant un mois le plateau repas dégueulasse de l’APHP comme si c’était un dîner dans un restaurant de luxe, cela demande des efforts et du courage. La dernière aventure d’une vie en fait.

Réduire cela à un simple souhait de mort, à un acte rapide pour des raisons de dignité, cela serait réduire la prise en charge des gens dans ce pays à ce qu’une de mes formatrices dit sur la prise en charge des patientes qui ne sont ni anglophone, ni francophone : de la médecine vétérinaire.

 

Alors pour paraphraser Desproges qui est mort du cancer, si jamais je l’ai, je vous préviens pro-euthanasies bien attentionnés de tout bord : mon corps malade en phase terminale sera entouré de mines, le premier qui s’approche ça lui saute à la gueule.

Rideaux.

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§ 9 réponses à Fuck It! I Can’t Find Any Title!

  • ambresf dit :

    exactement ce qu’il me fallait comme article en ce moment ;)… cette jeune esf venait de mon école, et de mon département, là-bas ils sont tous atterrés, mais ce n’est pas pour ça que la direction a déplacé les partiels des 4e années qui ont lieu la semaine prochaine…
    courage… la mort, j’y ai été confrontée en tant que professionnelle, j’y suis confrontée en tant que femme, je t’avoue que je ne la supporte plus cette putain de mort injuste…

    • Gromitflash dit :

      Sincères condoléances. Dans mon école tout le monde a été choqué, et personnellement ça m’a fait un vrai pincement au coeur parce que je l’avais croisé deux ou trois fois et qu’elle était cool comme fille.

      Et pour toi : courage !

  • La bouseuse dit :

    Je crois que tu as oublié de finir ta phrase « et qu’autoriser (ou obliger) des gens qui ont 12 ans d’études à appuyer sur un bouton pour mettre fin aux souffrances de quelqu’un que sa famille ne supporte plus de voir souffrir.  »

    Ca m’a fait du bien de te lire ce matin. Le peu de réflexion sur l’euthanasie, et la confusion avec la suicide assisté ou l’arrêt de l’acharnement thérapeutique, me font peur.

    Pas très loin d’ici, il y a une maison de retraite qui s’appelle « Soleil vert » … Espérons que ça reste de l’humour noir.

    • Gromitflash dit :

      J’espère que oui … s’il vende des produits diététiques évite :)

      Et oui, j’ai toujours été atterré par le manque de réflexion des pro-euthanasie (va donc lire site du l’ADMD qui t’explique que palliatif = euthanasie = suicide assisté, ils me font peur) sur le sujet … ça se rapproche pas mal de celle des anti-avortements (qui sont aussi des anti-euthanasie).

      Après je n’ai pas pu vraiment me lancer sur le sujet … je pense que ça mérite un article de fond mieux fait.

  • […] vous invite à lire le billet (et tout le blog) de Gromitflash, étudiant sage-femme qui a libéré mes mots sur le sujet. This entry was written on janvier […]

  • Knackie dit :

    Sur la mort>> c’est toujours terrible de diagnostiquer, d’annoncer ou de voir une femme espérer alors qu’on sait que non, y’a 0.0001% que ça aille au bout…

    Sur l’euthanasie>> ça me surprend un peu qu’on la refuse encore car comme tu l’as souligné ça couterait bcp moins cher et c’est en général ZE argument. Alors bien sur il y a les quelques cas médiatiques du genre j’ai pu d’bras, pu d’jambe, je peux juste pleurer pour communiquer. Ils restent marginaux et relèvent peut être plus de « l’acharnement ». Pour le reste il y a les soins palliatifs qui sont justement censés offrir une fin de vie digne et supportables… le problème c’est qu’ils sont très onéreux et si on dit non à l’euthanasie alors on se doit de donner du fric aux futurs morts. L’entre deux dans lequel on est maintenant est plutôt dérangeant. Ne pas oublier également que l’argent qu’on pourrait donner là dedans on ne l’aura pas pour autre chose…
    Si on veut être efficient il faudrait surement euthanasier.
    Si on croit en un certain type d’humanisme médical, Hippocrate toussa, il faudrait pallier.
    Mais choisir.

  • toutigirl dit :

    L’euthanasie n’est peut-être pas une bonne solution, mais le suicide assisté devrait être autorisé.
    Pourquoi une personne qui a une maladie dégénérative, handicapante et qui sait qu’elle va mourir dans d’atroces souffrances n’aurait pas le droit de choisir de mourir dignement et pas sous les rails du RER ou du TGV ? A defaut de choisir quand nous venons au monde ( quoi que ça serait discutable :) ) avoir le droit de choisir de le quitter dans certains cas.

  • Lise dit :

    Je « remonte la piste » depuis chez la bouseuse. J’ai pris le temps de lire pas mal de pages de ton blog, depuis l’été dernier. Je trouve très beau ton engagement dans ce métier qui manifestement est « ta voie ». Elles ont de la chance de croiser ton chemin, toutes ces femmes que tu assistes dans ses moments doux et tellement durs aussi.
    Lise

  • Estelle dit :

    Et oui, la mort est là et ne cesse de nous le rappeller:
    jeudi dernier 19h, j’apprends que je fais une FCS à 8SG – rien de très exceptionnel en soit-.
    Vendredi 8h, j’apprends que mon meilleur ami (pressenti pour être parrain) s’est suicidé la veille.
    Plus d’une semaine est passée, je ne m’en remet toujours pas…

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