Modération

mercredi 4 mai 2011 Commentaires fermés sur Modération

Vibreur

« Allo ! C’est ******** tu me remets ? »

« Euh… ouais… »

« Alors écoute, ça va être simple je vais répondre point par point à ton commentaire et, après ça, espère que tu ne croiseras plus ma route. Il te reste deux mois et demi. Parce que sinon je t’en collerai une pour ce que tu as dit sur la sainte vierge. »

*click*

Alors que j’étais au McDo, l’habituel, alors que je mangeais avec deux potes en parlant de mon excellent Week-end à Troyes qui a retardé la parution de mon précédent article, avant d’aller boire un verre après une bonne journée de cours, j’ai reçu ce coup de fil. Et ce coup de fil m’a donné plusieurs envie.

La première était de troller. Mais bon. Se troller soi-même n’est qu’une perte de temps non constructive.

La deuxième a donc été de réfléchir. J’ai repassé ce coup de fil deux ou trois fois dans ma tête et je suis parvenu à une conclusion, que voici.

L’art de la modération : quand un débat est dans une impasse

Il est de mon attribution, parce que je suis le propriétaire du blog, de veiller à ce que les échanges se fassent dans les commentaires d’une façon courtoise et respectueuse. Hier, par exemple, j’aurai pu faire mon parpaillot débile de base anti-papiste. Je ne l’ai pas fait. Je ne le fait plus depuis 10 ans parce qu’après avoir creusé le sujet de l’intolérance, au moment où je cherchais ce en quoi je croyais, où je lisais sur les Camisards, la Réforme et tout le tintouin de guerre de religion qui a mis l’Europe à feu et à sang pendant plusieurs siècles, j’ai compris que le sectarisme aveugle ne menait jamais à rien de bon.

A la place, j’ai donc fermé les commentaires parce que cet échange n’a pas lieu d’être ici.

J’avoue qu’un billet sur la religion était une chose de risquée et je dois dire qu’il s’agissait peut-être d’une erreur. Tout le monde peut lire ce billet ; et autant des gens modérés que des extrémistes. C’est internet qui veut cela : c’est le domaine public, c’est l’esprit même du blog. Normalement, pour respecter cet esprit je ne devrais pas fermer les commentaires.

Sauf qu’un message téléphonique de menace d’agression physique, c’est ce que reçoit un certain conservateur de galerie d’art à Avignon en ce moment même parce qu’il a « osé » exposer une œuvre qui fait polémique (et qui dénonce le merchandising religieux qui enrichit toute une industrie sur le dos de croyants ; mais arrêtons là avec la religion). Et ce genre de message n’est pas anodin.

Liberté d’expression contre croyance personnelle

Cet appel téléphonique me fait peur. Non, sans rire. On tente de me faire penser autre chose, on tente de m’empêcher d’exprimer quelque chose. Je me suis exprimé sur un sujet de théologie, je ne suis pas d’accord avec quelqu’un et cette personne veut me frapper ?

On est où au juste ?

Je connais des gens qui frappent, agressent, harcèlent (et parfois pire) parce que les gens ne sont pas d’accord avec eux. Ils faisaient le pied de gru devant mon lycée à l’entrée des cours le matin et distribuaient des tracts de l’Action Française qui expliquait avec des arguments relativement anachroniques qu’un roi serait une très bonne chose en France. Et ils attendaient à cinq ou six mes potes un peu trop de gauche à leur goût, ceux qui tentaient une discussion politique, pour essayer de leur faire comprendre avec un tact magnifique qu’ils avaient tort. Vous savez le beau tact des gens d’extrême droite : les chaines, les barres de fer, les insultes et les menaces.

Je refuse de croire que la personne qui m’a appelé ce soir peut tomber là dedans. Ca ne devrait juste pas être possible.

Sauf que là j’ai un doute.

Qui pense vraiment pouvoir empêcher quelqu’un de parler, d’écrire ? La seule façon d’empêcher quelqu’un de parler c’est de lui couper la langue. Il peut encore écrire. Alors pour l’empêcher d’écrire on peut lui broyer les doigts et lui crever les yeux. Si ça ne suffit pas on peut mettre des menaces sur la famille au cas où il aurait l’idée de roter sa liberté d’expression en morse. Alors après l’avoir torturé on peut l’humilier aux yeux de tous. Et une fois que cela a été fait on peut toujours le tuer, pour faire un exemple.

Et n’oublions pas de mettre un énorme rocher devant sa tombe et de bruler son cadavre, on n’est jamais trop prudent. Il parait qu’il y en a qui sont revenu.

Alors voilà, je ne peux pas faire grand-chose d’autre. Continuer à écrire, parce que c’est ce qu’on ne veut pas que je fasse. Continuer à travailler, réussir. Et si jamais quelqu’un vient m’en coller une, alors je prendrais ma baffe.

Parce qu’il aura alors démontré à toutes les personnes présentes ou non, et à ceux qui entendront le récit, que la seule réponse de l’obscurantisme face à la raison est la violence.

(et d’avance je prends les commentaires par messages, je ferme ceux du blog pour cet article, j’ouvrirai le prochain)

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Méta

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