Eteindre les spots

lundi 4 juillet 2011 § 3 Commentaires

Il y a des moments dans la vie où on se sent vivant. Sous la lumière noire, au milieu d’une scène de cirque. Pendant que le public murmure, les quelques secondes avant que ne commence la musique semble réellement interminable. La main sur le périnée d’une patiente, à guetter avec deux phalanges le moment précis où on sentira l’arrête d’un nez minuscule, c’est la même chose. Le cœur bat à toute vitesse, on ne fait même plus la différence avec les percussions ou un monitoring qui s’emballe entre deux efforts expulsifs. On est là, sachant pertinemment que dans les cinq minutes qui vont suivre il va falloir se donner à fond et ne rien oublier.

 

J’ai donc fini mon stage de salle de naissance, j’ai commencé l’autre, j’ai eu mes résultats et … tant de choses à raconter qu’il va me falloir plusieurs billets. Commençons.

 

L’office

Il y a un endroit que j’ai toujours aimé et haïs : l’office. L’office des sages-femmes, le lieu où pour une demi-heure une garde de nuit un samedi soir est un peu moins pénible. L’endroit où, parfois, dans certaines maternités, on se retrouve à prendre le petit déjeuner avec des gens géniaux jusqu’à 11h du matin.

Et parfois on nous dit juste « On va faire ta validation… viens dans l’office », c’est-à-dire « là où on sera tranquille pour parler sans que personne ne nous dérange ». Toujours mauvais signe non ? Et donc, pour une rare fois, parce que mon stage n’était pas assez satisfaisant, on m’a dit de revenir faire une garde en plus.

C’est toujours difficile d’avoir à faire face à la critique d’une professionnelle sur la synthèse de dossier que j’ai toujours du mal à mettre en œuvre (d’ailleurs on voit le résultat en clinique), mais quand c’est constructif et bien fait, ça passe. Le plus bizarre, c’est quand on nous met face à tous les arguments pour et contre la validation de la garde et qu’on se retrouve à appuyer sur le bouton contre. Parce que ça sera mieux pour mes futures patientes.

C’est bizarre comme certains endroits peuvent être chargés en émotion.

 

Je suis heureux que ce stage soit fini, et malgré la garde non validée j’ai l’impression d’avoir réellement progressé. Mais j’en reparlerai.

 

La scène

Je n’étais pas monté sur scène depuis… longtemps. Quatre ans je crois ? La fin de la terminale. Du théâtre d’impro, livrant à moult paires d’yeux un spectacle plus ou moins correct. Improvisé.

Mon spectacle de rock s’est fait dans la joie, la bonne humeur. Le stress des dernières répétitions, les ajustements de costumes, la sueur, le sang, la fureur, l’exaspération, tout cela et plus encore pour 3 minutes 32 secondes de rock-acrobatique sur une scène de Cirque et une sortie sans concession. Pas de cabotinage.

Tout ça pour ça.

Le frisson de monter sur scène dans le noir et de prendre une pause, déjà. Parce que mine de rien on entend le public qui murmure, qui chuchote, les cris des enfants. Et d’un coup, lumière, silence. Dans un cirque le premier rang est toujours éclairé. Ce n’est pas un monstre noir et bruyant comme dans un théâtre. Il n’y a pas de rectangle noir accroché au quatrième pan de mur qui répond à la vie par des rires, des cris et des applaudissements.

Et la musique commence. Et les danseuses arrivent. Les pieds bougent seuls, ou presque. On n’a presque pas conscience de ce que l’on fait tant on est absorbé. Je ne me souviens même pas vraiment de mon passage sur scène. Un grand blanc. Un coup on est en pleine lumière alors que la chorégraphie débute, et l’instant suivant on est dans les coulisses à se féliciter les uns les autres parce qu’on sait qu’on a été bon. Il n’y a pas d’autres possibilité, si ?

 

Et après cela on est sorti. Boire un verre pendant que le public subissait la fin du spectacle (à quelques exceptions près, dixit ma sœur). On a bu, puis on a mangé et dansé. Puis un mec a payé sa tournée de mojito, donc on a rebu. On est sorti du bar tard, au fond de la nuit. Ma danseuse était fine saoule et essayait de faire des prises de judo à un mec du groupe. On est remonté sur Oberkampf finir la soirée et ensuite on s’est séparé.

 

Les résultats

En fait, la veille du spectacle, j’ai eu me résultats qui annonçaient des rattrapages. Pas de surprise. J’ai eu le droit à quelque chose promise depuis longtemps, avec les effets que j’attendais de ce genre de comportement. De toute façon, quand on est à cours d’argument, le meilleur moyen d’avoir raison reste de coller une baffe à qui de droit. J’essaierai d’en faire autant la prochaine fois, j’aurai l’air crédible comme ça. Quoique.

Après la proclamation des résultats on est sorti. Le groupe habituel. Parce qu’on n’avait pas vraiment envie de participer au goûter. Alors on est allé boire un verre vers le Luxembourg. On a parlé mariages (ceux qui auront lieu cet été, ceux qui auront lieu après le diplôme, le mien qui n’aura, je l’espère, jamais lieu) et réalités professionnelles. Et on s’est raconté les derniers potins. Parce qu’on ne se revoit pas avant Septembre, sans doute, et que deux mois c’est long mine de rien.

 

Je crois que les jours qui ont suivi ont été les plus étranges de ma vie. Un peu irréel, un moment de suspension. J’avais fini ma mission à l’Anesf, je ne commençais pas les gardes avant le mercredi… et mon mémoire… ah oui, mon mémoire qui refusait d’avancer. Dans un an je relirai ces lignes et tout cela me semblera très loin.

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