La Nuit des RU

mercredi 20 juillet 2011 § 12 Commentaires

L’heureux infortuné

C’est ainsi que je commence ma version 2. Parce que la version 1 faisait de toute façon trop catalogue, trop peu spontanée et trop bâclée pour être lue.

Ainsi commence le récit de trois semaines de garde, sans les démêlés liés à mes activités extra-scolaires. Quoique. Mais nous en reparlerons.

 

Gardes

J’ai donc commencé mes gardes dans un grand niveau 3 parisien peu avant le congrès de Marseille. Un énorme niveau 3, presque une ville. Et je dois dire que j’ai été passablement tourneboulé, tant le contraste est fort par rapport à mon précédent stage. Disons que j’ai vu là bas quelque chose qui illustre bien la diversité de la pratique obstétricale en France.

J’ai fait des gardes dans tous les sens, sans réel répit. Jour, nuit, mais en fait pas de week-end de jour (ce qui m’a épargné les consultations de fin de grossesse aux urgences). Je n’ai pas eu de garde vraiment apocalyptique ni de garde blanche. A chaque fois une bonne ambiance dans l’équipe (enfin l’équipe de sages-femmes), des chefs relativement ouverts à tout ce qu’on peut leur dire. Et des sages-femmes en admiration devant leur chef de service. Je me demande si un jour je me retrouverai face à un professeur que j’aimerai assez pour que des étoiles brillent dans mes yeux quand je parlerai de lui. Je doute que cela arrive un jour. Si déjà je trouve un professeur avec qui je veux collaborer…

Ces gardes m’ont amené de l’expérience. Je me suis retrouvé, je ne sais combien de fois, choppé par le col par une sage femme au moment des transmissions pour un accouchement imminent. Connaître la patiente ? Euh… ouais non, différent on a dit.

Et je me suis retrouvé, je ne sais combien de fois, appelé en stage pour une raison X ou Y. Poursuivi, je suis.

 

Encadrement

Une étrange expérience que ce stage. Parce que je me suis fait en-cadré et parce que j’ai encadré moi-même. Pour cela il faut introduire deux personnages : la cadre et la più-più.

La cadre, c’est la sage-femme qui a gère le service, et qui se met une garde de temps en temps pour combler un trou. J’avoue qu’elle m’a fait passer une garde absolument passionnante et exigeante. Se retrouver au milieu d’un accouchement, bombardé de question. On m’avait dit d’avoir un œil partout, et bien j’ai vérifié. Je regarde mon périnée et on me demande le rythme de base. Je suis en train de vérifier mon placenta et on me demande la tension et le globe. Pas de remise en question sur mes conduites à tenir, juste une sage-femme bienveillante au dessus de ma tête pour me déstabiliser un peu et pour me confirmer. T’as un doute ? Fait une RU ! T’attends quoi ?!

D’un autre côté, voilà la più-più. La PP1, la bizuth, la nouvelle, la bleue. Ca dépend des écoles, des associations et des villes. Mais on a tous un nom pour ça. Moi j’aime bien la mode marseillaise, donc je dirai più-più. Désespérée, dans le fossé entre le stage infirmier et le stage sage-femme. Mal à l’aise parce qu’elle ne comprend pas encore tout, mais qui progresse vite. Et donc moi sur le dos pour apprendre à encadrer. Quelques joies (quand on arrive à la pousser dans les pattes d’une sage-femme pour un premier 4 mains) et quelques sueurs froides (quand on l’empêche de faire une bêtise un peu grave qui pourrait genre… tuer une patiente ?). Si c’est comme ça que ça se passe pour les pros quand elles m’accueillent en stage, alors je comprends mieux certaines choses. C’est dur d’encadrer quelqu’un.

 

Seul sur la terre

Parfois, au milieu d’une garde, je me prenais une pause pour descendre au distributeur. Je fais ça assez souvent. Le coca du milieu de garde de nuit, histoire de se recharger en sucre, en caféïne, tout en buvant un truc bien glacé. Etrange escapade qui m’envoie loin de ma salle de naissance. Définitivement, on n’est bien que dans sa salle de naissance passé une certaine heure de la nuit.

Le problème d’un CHU, c’est que c’est ouvert à tout le monde.

Donc il traine des gens.

Une fois j’ai vu des mecs faire les cents pas dans le hall.

Une autre fois j’ai pêché une urgence qui venait pour une allergie à la lessive à 3h30 et qui n’avait pas trouvé la porte des urgences maternité. Pourtant c’est indiqué en énorme rouge à l’entrée. Mais peut-être qu’elle ne sait pas lire.

Encore une fois, j’ai surpris une famille de SDF, avec trois enfants encadrés par les parents, qui dormait dans un coin. J’ai pas fait de bruit pour éviter de les réveiller.

 

Et au milieu de cette ambiance particulière, si loin de la réalité quotidienne et du travail de la salle, la voiture pour enfant du coin commence à jouer le générique de K2000 au milieu de la nuit. Pour moi, ou pour elle-même. C’est là qu’on se rend vraiment compte qu’une partie des lieux que l’on connait par cœur de jour ; parce qu’on y passe, parce qu’on y travaille ; se transfigure au milieu de la nuit, vivant presque pour les fantômes.

 

Au reste ce stage m’aura apporté beaucoup d’expériences intéressantes, beaucoup d’urgences bizarres au milieu de la nuit, beaucoup d’histoires humaines difficiles, tragique ou émouvantes – trop d’ailleurs pour qu’elles tiennent dans ce seul article.

Et surtout beaucoup de RU*.

 

*Et pour ceux qui se le demandent, la RU, ou révision utérine, c’est le geste qui consiste à aller vérifier à la main si l’utérus est bien vide. Et oui, j’avais besoin de l’acronyme pour mon jeu de mot à la con.

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§ 12 réponses à La Nuit des RU

  • pétrolleuse dit :

    Je m’attendais à un truc gore: pour moi, RU, c’est rupture utérine… Par contre, ta sage-femme a l’air de dégainer la révision utérine un peu facilement. Pour moi, ce geste ne se justifie que si le placenta est incomplet et/ou s’il y a une forte hémorragie. Juste pour ma culture personnelle: la révision, c’est sous anesthésie locale? Sous anesthésie générale? Sans anesthésie du tout?

    • Gromitflash dit :

      Hum… c’est avec l’anesthésie qu’on peut, selon les moyens du bord. Si elle a une péridurale, tant mieux. Si c’est urgent on y va à vif. Si on a un anesthésiste sous la main, on peut faire une anesthésie générale.

      Je connais un chef qui explique à ses internes qu’après un accouchement on a 20 minutes pour la faire s’il n’y a pas d’anesthésie parce que les patientes sont shootées aux endorphines. Je ne sais pas ce qui est vrai et ce qui est faux là dedans.

      • Get72 dit :

        Hmmm, pour les quelques cas où j’ai dû y aller à vif bien avant 20 minutes, j’y crois moyen à ces histoires d’endorphines. Ca me donne toujours la sensation d’être un bourreau ! J’ai plutôt l’impression qu’une fois qu’un bébé est passé, le moindre contact devient difficile à supporter : souvent, rien qu’une pression du doigt fait bondir, alors le bras…

  • elly10 dit :

    J’ai toujours du mal à croire les médecins qui disent « la pince de Pozzi sur le col ça fait pas mal » ou « les femmes sont shootées aux endorphines dans les 20 min qui suivent l’accouchement »… on voit souvent que c’est proféré par des gens qui n’ont pas de vagin!

  • knackie dit :

    C’est surtout qu’après 20 minutes le col se ferme et ça devient bien copliqué (sans anesthésie j’imagine même pas). Et oui si on a un doute… ça peut aller vite une HDD et la femme qui saigne un petit peu mais continuellement c’est traitre.

  • pétrolleuse dit :

    Ouais, ben j’avais tout de même ma petite idée sur la question avant de la poser. Car au seul vu des quelques témoignages de femmes ayant subi une révision utérine sans anesthésie glanés ici et là, il semble bien que ce geste soit de la pure barbarie… Et à propos de ton chef et de son histoire d’endorphines, j’ai quelques noms d’oiseaux qui me viennent en tête mais je vais réussir à me contenir…

    Par contre, j’ai une autre question: si la révision utérine (à vif, donc, parce que pas d’anesthésiste dans les parages) permet effectivement de diagnostiquer une HDD, l’anesthésiste, on va réussir à mettre la main dessus pour l’intervention chirurgicale, non? Bon, allez, je joue volontairement la candide de service, là, mais franchement, vous avez pas l’impression que le système vous oblige à jouer le rôle de boucher, parfois? Et qu’il n’y aurait pas des moyens de faire autrement? (c’est une vraie question: soit c’est oui, soit c’est non…)

    • Gromitflash dit :

      Ben… la RU on y va rapidement parce que c’est un traitement de l’HDD. C’est horrible, on ressemble à un boucher avec des gants ensanglantés jusqu’au coude, mais au moins on sauve la vie de la patiente quoi. Je préfère faire une bonne délivrance dirigée histoire de réduire le nombre d’HDD à la base… mais quand il faut y aller, ben où on va chercher le placenta, ou on reste les bras ballants pendant que la patiente saigne. Je ne sais pas ce qui est le mieux. La prévention c’est une bonne chose, mais parfois ça ne suffit pas.

      Et une RU peut sauver une vie. Après, je préfère vraiment quand on a l’anesthésiste à portée. Et puis il faut avoir le temps.

  • pétrolleuse dit :

    Tiens? L’article suivant est protégé par un mot de passe… Komencékonfé pour y avoir accès?

  • sfelly10 dit :

    Pétrolleuse, souvent quand on n’a pas d’anesthésiste sous la main c’est qu’il est déjà sur une autre intervention (césarienne, ou même urgence générale type accident de la route quand l’anesthésiste est commun à tout l’hôpital).

    Mieux vaut un geste barbare qui sauve la vie! (après ce doit être horrible effectivement).

    Et parfois, quand l’anesthésiste n’est pas dispo immédiatement, même pour des choses très importantes (césar en urgence, intervention lourde), et bien on prend du retard… voire…. (attention, âmes sensibles s’abstenir): une collègue a assisté un jour à une césarienne à vif (le début « seulement » car l’anesth est arrivé après et a injecté très vite pour l’AG).

    Idem comment on a accès à l’article suivant?

  • Get72 dit :

    Même question que les précédentes : j’ai le droit d’avoir le mot de passe ?

  • Une sage-femme démasquante et son neurone... dit :

    Et moi j’peux, l’avoir, j’peux l’avoir, j’peux l’avoir, dis m’sieur, steupléééééé ?

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