Le miroir et le rossignol

mardi 23 août 2011 § 8 Commentaires

Il s’agit d’une énorme maternité de niveau 3 en région parisienne qui a accueillit pendant presque un mois des caméras dans un service à l’accès restreint : sa salle de naissance. C’est plus ou moins ce qu’explique la voix off pendant une séquence spectaculaire à coup de plans larges en hélicoptère, d’images de Paris (parce que Paris n’est qu’à 33 kilomètres après tout), d’ambulance sur l’autoroute et de musique catchy.

« On dirait Grey’s Anatomy ce truc… » lâche ma voisine. Je ne suis pas adepte de la série, mais on dirait bien.

 

Ce soir sur vos postes de télé, à une heure indue (23h35, parce que c’est des sujets qui choquent, après les enfants vont demander comment les madames elles sont arrivées là et comment on fait les bébés) passera Baby Boom, le nouveau programme de téléréalité de TF1. Et votre serviteur, parce qu’il s’est débrouillé, l’a vu en avant-première.

Et c’est vraiment trop mitigé pour que je ferme ma gueule.

 

Vitrine de la profession de sage-femme

Le programme est centré sur les professionnels. Médecins, sages-femmes et aides-soignants. Et les couples également. C’est dit et montré comme ça dès le départ. Pourtant le médecin est le grand absent de ce premier épisode. Tant mieux d’ailleurs, parce qu’on ne le verra que pour une stagnation en train de discuter avec la sage-femme, pour une ventouse ou pour une grande extraction du siège sur un J2 en tête. Parce que le cliché de la gémellaire issue de FIV ne nous sera pas épargné. Mais nous y reviendrons.

Il s’agit donc principalement de sages-femmes et d’aides-soignantes. Auprès des couples, à l’accueil des urgences ; dans l’office aussi, et en off. Elles parlent d’une vocation, avec un ton parfois un peu élitiste, avec le « il y en a qui sont fait pour bosser en salle de naissance, et d’autres non ». J’ai aimé le côté réalité, une équipe de garde vivante comme j’en vois en stage. Et tout n’est pas montré, juste les anecdotes les plus croustillantes. Les professionnels interrogés sont plutôt réalistes, ils expliquent que c’est beau, c’est sympa ; mais aussi que parfois la vie peut être moche et que notre boulot n’est peut-être pas le plus marrant dans ce cas là.

En soit le documentaire est plutôt une bonne vitrine de la profession de sage-femme. Ce n’est pas forcement très représentatif de ce qu’on lit sur internet, mais c’est bien le quotidien des sages-femmes hospitalières du service publique qui représente quand même la très grande majorité des professionnelles.

 

Mais après… c’est TF1 quoi. Tu t’attendais à quoi d’autre ?

Tout est dans le sous-titre. Ce programme m’a rappelé pourquoi je ne regarde jamais TF1, sauf pour les Experts et Dr House quand ma mère me l’impose.

D’abord il y a la mise en scène du montage. Parce que toutes ces images brutes sont montées. Sur les 12h de travail (qui sont présentées comme 12h de travail, longues, harassantes, fatigantes, un travail poussif sous péridurale en somme) on ne voit bien évidemment que ce qui va appâter le chalant. De même pour l’accouchement, qui passe d’une bonne vingtaine de minutes d’efforts expulsifs à une quarantaine de secondes. On voit que c’est dur mais ça s’arrêtera là. Mais tout ça, passe encore. Ce qui m’ennuie c’est que malgré les commentaires assassins des sages-femmes elle-même dans le programme lui-même au sujet des séries médicales américaines, le programme en reprend les codes. C’est un épisode de Grey’s Anatomy quoi ! Avec ses plans aériens, sa narratrice en voix off (je suis sûr qu’ils ont embauché la doubleuse française !), sa musique. C’est bien mais ça rappel qu’il s’agit d’un divertissement.

Du divertissement parlons. Le public test où j’étais, composé principalement de sages-femmes, d’étudiants sages-femmes, et de tout le personnel médical possible (de l’aide soignant au chef de service) a surtout beaucoup rit. C’est humain après tout, les patientes lâchent parfois des trucs hilarants, les professionnels ont parfois des attitudes qui rappellent des souvenirs ; comme cette sage-femme qui esquissent une danse en riant et qui entre dans une chambre en composant tout de suite son visage de pro rassurant.

On retrouve de la série américaine dans les situations. D’abord pour les clichés véhiculés. Le couple adolescent en entrée avec l’étudiante de 16 ans enceinte je trouve ça limite. Juste à côté la gémellaire issue de FIV et l’étudiantes sages-femmes qui fait son premier 4 mains (genre on va à une garde spécialement pour ça). Je me suis senti désolé pour le premier couple, je me suis senti un peu voyeur. On ne coupera pas à la future grand-mère en pleure qui dit à sa fille « Ca me fait mal que tu deviennes mère, ma petite fille » et au compagnon de 20 ans qui raconte que sans cette grossesse il serait en prison parce qu’il faisait des conneries dans la rue. Des trucs de jeunes quoi ! Quand t’es jeune, en formation et un peu paumé, tu vends toujours de la drogue et tu tabasses des gens. C’est normal, c’est la France quoi !

Le comble de la ressemblance ira jusqu’à la coupure pub au moment de stress, juste avant la réanimation d’un nouveau-né un peu secoué. Réanimation faites par la sage-femme, certes (compétences pédiatriques, tout ça) mais tout de même exploitée jusqu’à la moelle par la mise en scène, la musique et la production.

 

Et le fond dans tout ça ?

Au final, je n’ai pas un souvenir désagréable de l’émission. Je pense même qu’on va le revoir ce soir avec trois ou quatre potes sages-femmes et qu’on va se marrer en buvant une bière. Pire qu’un match de foot pour nous.

Le principal regret que j’aurai concerne le manque flagrant de fond de réflexion sur les conditions d’exercice et de prise en charge des patientes, des conditions d’encadrement des étudiants sages-femmes. Des accouchements, des nouveau-nés, du tirage de larme. Après un quatre main (qui suffirait à « devenir sage-femme ») on a droit à une belle séquence de fin. Ah, le beau métier que voilà ! Que cette étudiante qui sort dans le froid, qui hésite à entrer dans l’office, qui taffe sur son dossier pendant que l’équipe balance des blagues, qui amène une patiente des urgences ; que cette étudiante ait fait un accouchement, et 5 minutes lui sont accordées pour dire à quel point elle est heureuse et comblée. Par contre savoir si elle arrive à vivre toute seule, à payer sa bouffe et si la maternité lui a prévu un plateau pour sa garde… c’est accessoire.

 

Le bien-être des professionnels attendra, « vous donnez la vie keuha ! C’est trop merveilleeeeeux ! *larmes larmes larmes* ». Celui des patientes… bah elles ont mal au début, elles ont une péridurale (en PCA je pense vu le cathéter). Elles ne changent pas de position, elles ne vivent pas, elles attendent, passives, sur le lit, qu’une sage-femme vienne leur tripoter le col pour voir comment ça avance. Dommage qu’on ne parle pas de la prise en charge que pourrait effectuer la sage-femme. Peut-être que celle-ci est débordée aux urgences et auprès d’autres patientes. On ne le saura jamais, vu que tout se passe toujours bien.

Espérons juste que les prochains épisodes montreront plus de réalité et moins d’arrangements scénaristiques.

 

 

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§ 8 réponses à Le miroir et le rossignol

  • poulepondeuse dit :

    Je n’aurai clairement jamais le temps de regarder cette émission (déjà True Blood et Glee en retard à rattraper ^^), mais ça me rappelle un « Vis ma vie » entre JL Reichman et une sage-femme (à Fontainebleau je crois), ça m’avait juste donné envie de pleurer, avec expression abdominale à tout va (faite par Reichman parce qu’il est plus fort oO), « parking à bébés » (expression de JLR bien vue) à la nursery pour la nuit, accouchement déclenché et césa programmée « pour gros bébé »… Tu vois ça après tu es prêt à croire Nisand quand il dit qu’un accouchement non accompagné tourne systématiquement mal et qu’une femme ne peut accoucher sans l’aide de St Gynéco (à la limite une sage-femme mais bien encadrée).
    (je ne prône pas du tout l’accouchement non assisté, mais il me semble que le postulat de base est que la femme peut accoucher sans aide extérieure même s’il est bien sûr préférable d’avoir une assistance médicale afin de pouvoir parer à tout problème -cf le fameux rapport du RCOG dont nous avions parlé par twitter/G+).

  • sfelly10 dit :

    C’est la voix de Grease Anatomy….

  • 10lunes dit :

    C’est rigolo parce que tu te places du point de vue des sages-femmes et j’ai envie de causer ( pas pu le faire avant ce soir vu que je suis pas une VIP invitée aux avant-premières…) du point de vue des parents… Complémentaires nous sommes.
    J’ai regardé de façon un peu hachée (merci twitter) et le reverrai demain… mais la fausse réalité, la vraie vie trafiquée pour bien rentrer dans les cases pub…tout cela me rend triste, ou nauséeuse, ou enragée.. j’hésite encore…

    • Gromitflash dit :

      Côté parents, … je trouve déjà l’affaire biaisé par la structure. Grosse mater de niveau 3 école, sans physiologie, sans respect des patientes.

      Elles sont couvertes par un draps et dans ce genre de structure c’est déjà énorme… merci la caméra ?

      Mais on voit l’effet montage.
      Et c’est pas fini, j’ai peur de la semaine prochaine.

  • naruta17 dit :

    Ce qui est difficile c’est de voir que tous ces clichés renvoyés vont encore plus conforter les parents qu’un accouchement doit forcément se passer ainsi alors qu’un autre accompagnement reste (encore) possible!

  • mED dit :

    une fois de plus tf1 a su tourner les choses à son avantage , à savoir l’audience …
    Le 1er épisode était correct même si pleins de préjugés et d’idées reçues ont fait surface à travers la camera ; On filme et on DIFFUSE certains passages , les plus « visualisables » par le public , on ne montre en aucun cas ce qui se passe autour , ce qui se passe avant tout ça , l’accompagnement progressif, les vrais problemes rencontrés pendant la grossesse …
    ça reste de la télé réalité , et c’est tout sauf la réalité .

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