A trois petits points d’un drame

jeudi 29 septembre 2011 § 3 Commentaires

J’étais en cours de génétique, à regarder la prof parler de donneur intrafamilial et de mucoviscidose.

Je regardais nonchalamment la vie des gens quand tout d’un coup j’ai vu un truc sur Facebook (ma vie est passionnante, je sens qui vous êtes à deux doigts de fermer cette fenêtre/passer au feed suivant). C’est un statut classique de recherche d’attention, si facile à repérer car se finissant par un signe de ponctuation caractéristique.

Trois en fait.

Trois petits points.

 

Ponctuation, mon amour

Vous allez penser que ce petit billet est incongru.

Il l’est.

Mais je veux chanter mon amour de la ponctuation et les problèmes inhérents à son usage sur les réseaux sociaux et dans la vie courante. Vous vous souvenez de ces virgules, de ces points virgules ; ces bestioles étranges aux noms alambiqués – qui fait hurler le puriste qui souhaite son cadratin dans un texte.

Presque tout le monde l’utilise. Enfin… Ceux qui ont conscience qu’une phrase se termine par un point.

 

Moi, j’aime la ponctuation. Comme dirais mon manuel de bonnes manières (oui, j’ai un manuel de bonnes manières), la ponctuation est la politesse de l’expression écrite. J’ai même décidé de faire un petit billet sur mes préférés.

 

Le point-virgule

J’ai un amour particulier pour le point-virgule. Parce que c’est un peu le mal aimé.

J’ai ce souvenir particulier de cette virgule bâtarde, de cette bestiole indéfinie que mon instituteur avait posé sur le tableau avec l’air de s’en moquer presque.

« C’est une virgule, mais un peu plus longue, c’est tout. »

Jugement sans appel de mon cher point-virgule qui se voit réduit à un signe archaïque et inutile, quelque part entre la pause et le soupir dans la lecture orale. Certains, d’ailleurs, arguerait de l’évolution de la syntaxe vers les phrases courte pour l’écarter ; le pauvre qui est déjà si maltraité. Parce qu’au fond, sans phrase longue, point de point-virgule. Proust avait ce mérite de l’utiliser fréquemment. D’ailleurs sans lui, lire Proust à l’oral serait un calvaire.

 

Alcanter de Brahm

J’ai un regret, c’est l’impossibilité d’user du point d’ironie. Ce point magique qui n’a jamais été dans le cœur des typographes, que votre navigateur ne connait peut-être même pas.

Ah, que de situations embarrassantes ce point aurait pu m’éviter. Vous imaginez pouvoir signer un statut Facebook ou Twitter « Au moins il sait se servir de ses doigts (point d’ironie) » Que de questions, que de puissance dans ce simple point d’ironie mis en fin de phrase, occultant une part essentielle du récit d’une possible impuissance, d’une mocheté repoussante ou d’un autiste pianiste de talent.

De nos jours, en langue française, qu’a-t-on ? Le contexte. Merde au contexte. Une blague ne peut plus tenir dans 10 mots, il faut 2 phrases d’introduction.

Si un mec qui renouvelle les polices informatiques m’entend, pitié ; ajoutez un point d’ironie.

(D’ailleurs je proposerais bien une virgule d’exclamation, ça pourrait noter un crescendo intéressant)

 

Les points de suspension

Mes meilleurs ennemis. Je les ai tant et tant usé qu’il ne m’en reste parfois que deux.

J’en ai abusé à l’époque où j’appréciais les ellipses et faire genre je fais des aposiopèses dans mes billets de blog… Parce que ça le fait trop quoi…

Je ne le fais plus. C’était aussi l’époque où j’étais au milieu de ma période romantico-adolesço-baroque. Vous aviez pas au lycée des mecs habillés tout en noir avec les cheveux longs qui disait à tout le monde « (voix qui mue) t’es trop conformiste, tu te la pète avec ton sac et ton esprit consumériste mais t’es juste une victime que la société exploite, je te plains ». J’ai presque parfois d’avoir été une créature de ce genre.

Ces points de suspension ont commencé à m’horripiler quand m’a sœur m’a fait la lecture de ma correspondance sms personnelle avec des filles (il semble que les sms soient un terrain de jeu pour toutes sortes de trucs à suspension (je ne parle pas que des fans de tuning (si vous avez compris cette blague vous avez le droit de rire, bien sûr), bien sûr), bien sûr) où les principaux commentaires touchaient au nombre de points dans la suspension. Classiquement entre deux (ce qui est incorrect) et quatre (ce qui ne l’est qu’en fin de phrase). Parce que selon le nombre de point (2, 6, 12, 7) ce ne veut pas vraiment dire la même chose.

 

Encore eût-il fallut que je le susse.

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§ 3 réponses à A trois petits points d’un drame

  • Zizanie dit :

    Je dois sans doute être un peu bizarre, mais ce billet me parle.
    J’aime la ponctuation. C’est même devenu addictif. Voire j’en abuse.
    Je mets des virgules tous les trois mots et des points au milieu de mes phrases. Je regrette de ne jamais arriver à utiliser le point-virgule. Quand je lui trouve une place, c’est au moins jouissif. Et les points de suspensions… J’ai aussi une relation très compliquée avec ces bestioles. Je fais ce que je peux pour éviter de les utiliser. Parce que dans ma tête, c’est un truc d’ado-rebelle-mal-dans-sa-peau. Mais il faut que je me rende à l’évidence, je n’arrive pas à m’en passer. Je dois encore être une ado-rebelle-mal-dans-sa-peau, je ne vois que ça. Tantôt ils me permettent de me censurer. Par exemple, en évitant des titres de quatre pages, parce que j’en serais bien capable. Tantôt parce qu’à l’oral, j’ai l’habitude de ne jamais terminer mes phrases, ou presque. Bon, je viens de jeter un coup d’œil, je m’attendais à pire. Je pensais en avoir foutu absolument partout et, finalement, ça me parait supportable. Par contre, c’est trois ou rien.

    Ce commentaire long. Et j’y raconte ma vie. J’ai l’impression d’être aux alcooliques anonymes, ou quelque chose dans cet esprit. A ceci près que je n’ai aucune envie de me soigner. Parce que, dans la vraie vie, j’ai pas souvent l’occasion de parler de ma dépendance à la ponctuation. Je suis un peu la seule à y accorder de l’importance, à vrai dire. On a les centres d’intérêt qu’on mérite.

  • Gaëlle dit :

    @Zizanie: faut inventer les ponctuistes anonymes ;-)

    @Gromitflash: merci de m’avoir fait découvrir cette bizarrerie méconnue qu’est le point d’ironie. Ca te dirait de créer une association pour la promotion du point d’ironie? Pour que plus aucune police de caractère n’ait l’affront de l’ignorer :D

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