Le royaume des ombres

samedi 6 août 2011 § 2 Commentaires

J’ai remis ma blouse au panier à linge et ma feuille de validation dans le classeur approprié. J’ai jeté un dernier coup d’œil à l’école déserte et au Relais H. J’ai eu un sourire de mon interne qui finissait sa nuit, de celle qui sera chef de clinique à Nice l’an prochain et de celui qui commençait sa garde. En sortant j’ai croisé le chef de service qui m’a juste fait un signe de tête que je lui ai rendu avec plaisir.

Voilà, c’en est fini de mon stage en réanimation néonatale.

Et j’en suis heureux. Mes vacances commencent alors que je suis dans ce train pour La Rochelle, en route pour retrouver mes parents. J’ai un moleskin emplit de triangles non cochés, des tonnes de projet à concrétiser, une boite mail qui déborde de partout et des deadlines. Cela je vous en parlerai peut-être un jour. Ou peut-être jamais.

J’ai fini mon stage en réanimation, et pourtant je vais y revenir.

 

Le nécessaire paternalisme

La première chose qui m’a frappé en réanimation néonatale, c’est la liberté grisante de pouvoir ce que l’on veut dans l’intérêt de l’enfant. Et oui, pour ceux et celles qui ne sont pas au courant, la loi autorise le pédiatre à faire grosso-modo ce qu’il veut dans l’intérêt supérieur de l’enfant, et doit seulement écouter ce qu’en pense les parents. Quoi, quelqu’un a parlé de consentement éclairé ?

La plupart du temps, expliquer un geste à un patient, ça consiste à mettre en boule un petit gars de 850g en lui disant que la madame derrière lui plante une aiguille dans le rachis pour savoir s’il fait une méningite. Le baby talk est une des choses qui permet de rassurer le nouveau-né et participe à son développement. Après, je ne sais pas s’il comprend vraiment le concept de méningite.

 

Certes on perd beaucoup moins de temps en blabla (comme parfois, en suite de couche, pour convaincre une patiente un peu délicate qu’il faut prendre ses antibiotiques après sa Césarienne sur chorioamniotite) mais ça apporte son lot quotidien de désespoir.

 

Tu es là, t’as un avis ?

Voilà la règle du staff éthique.

Avant les trois dernières semaines, je ne savais pas vraiment ce qu’était un staff éthique. On avait évoqué la chose à un moment en cours, mais entre la théorie et la pratique il y a un gouffre que je vous déconseille de franchir sans l’équipement adapté.

Un staff éthique, c’est une réunion. On prend toutes les personnes du service qui ont une formation médicale (et ça inclus l’étudiant sage-femme), on y ajoute l’infirmière du bébé, la cadre et on y va. Après un résumé du dossier, la mission du staff éthique, qui est une source de joie absolue, est de répondre à une question toute conne : « On continue les soins ou on arrête les frais ? » Et après tous les chefs, tous les internes, et bien on se retrouve également à parler. A expliquer sa position, et ses arguments.

C’est terrible à porter.

Et pourtant il s’agit de penser au mieux, au projet de vie existant pour l’enfant, son état neurologique futur.

Est-il légitime de garder un légume en vie ?

 

L’ombre qui rôde

Ce stage m’a aussi fait une drôle d’impression. La présence de la mort est partout. C’est une réalité.

J’ai eu un drôle de malaise. Je ne suis pas habitué à côtoyer ce type là de mort. Je ne vois pas mourir les autres comme ça, après avoir désaturé dans une lente asphyxie. Une chute puis un état de choc, l’arrêt cardiaque. Et je suis plutôt heureux de ne jamais avoir eu à appeler les parents. Ni à voir les entretiens.

 

J’ai aimé l’équipe, j’ai aimé l’ambiance. Mais j’attends vraiment de retourner dans mon champ de compétence. Ma salle de naissance ou ma suite de couche, avec des bébés de plus de 2500g et ses patientes qui parlent.

Et en attendant, vacances !

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Poitiers version guimauve féérique

lundi 1 août 2011 § 15 Commentaires

Il l’avait rencontré à un moment étrange de sa vie, pendant qu’il jouait aux échecs dans un foyer d’étudiant. Ils s’étaient vu, revu, re-revu et ensuite… Pendant que le récit continue, entre deux morceaux tire-larme et coule morve, sous les feuilles, le vent et le beau temps, et bien moi je commençais à trouver ça guimauve. Et la guimauve, c’est un peu ce que je n’aime pas dans le monde, surtout après avoir lu Jacques Gélis.

Je vais parler de mariage.

Ce sujet n’est pas anodin, parce que j’ai une opinion sur le mariage qui n’est pas l’opinion la plus commune dans les gens que je fréquente et avec qui je parle mariage. Certes il y a l’effet école de sage-femme derrière tout ça.

 

Poitiers en la mairie

C’est donc après avoir peu dormi, même dans le train (1h30 à peine) que je suis arrivé à Poitiers. La première chose qui m’est tombé sur le coin de la face en arrivant à Poitiers, c’est les remparts. Bordel quoi, quand je débarque du train avec 4h de sommeil en tout dans les pattes, la dernière chose que je veux voir entre moi et un lit, c’est un putain de gros escalier. Je suis donc monté sur Poitiers, j’ai croisé l’hôtel de ville, et j’ai fini devant une réceptionniste aussi aimable qu’une porte de prison. Elle m’a donné mes clés, un pass wifi (tellement important pour moi) et je me suis écroulé dans mon lit en attendant l’heure du mariage. Bon j’ai taffé aussi.

Et donc, après avoir tenté de défroisser mon costume avec la méthode DSK (pas la méthode avec une femme de chambre, celle avec une douche et de la vapeur), je me suis endimanché et je me suis dirigé vers l’Hôtel de Ville.

Je n’aime pas vraiment les mariages quand je n’y connais personne. Je veux dire : arriver sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Poitiers où les mariages, en ce Samedi, s’enchaine à une vitesse effroyable, alors qu’on ne connait vraiment personne dans les familles des deux mariés et qu’on a juste (peut-être) croisé une personne ou deux. Et encore.

Arrive donc la mariée, très jolie dans sa robe blanche. C’est marrant tous les souvenirs que j’ai d’elle en robe blanche. Et que j’ai d’elle tout court d’ailleurs. On voit un peu de peur, un peu de joie, un peu de résignation. Une énorme dose d’appréhension aussi.

 

Et donc après la mairie, cap sur la fête.

 

Do et Don’t

Comme je n’ai pas envie de faire un récit vraiment exhaustif (parce que c’est juste relou) je vais donc faire un truc un peu plus hipster.

Do :

  • Un mariage qui ne se déroule pas à l’église, c’est cool ! D’ailleurs, si quelqu’un qui compte m’inviter à un mariage à un moment ou à un autre m’entends…
  • Les plans de tables avec des noms de bestioles d’heroic-fantasy, c’est cool aussi ! Mais j’aurais préféré la table des orcs à celle des nymphes.
  • La déco interactive, c’est excellent ! Surtout quand il y a un petit jeu avec.
  • La session où les témoins et potes des mariés viennent balancer tous les dossiers existants sur eux, ça c’est définitivement cool.
  • La table avec le bureau de l’Union Nationale des Associations d’Etudiants en Ergothérapie, c’est sympa aussi. Ok, j’ai parlé cantine avec eux toute la soirée et on a fait des fiches d’activités avec eux sur toutes les conneries qui nous passaient par la tête. Mais tant pis.
  • La chorégraphie d’ouverture de bal qui nous change des éternels Dirty Dancing
  • Le brunch le lendemain, c’est toujours sympa, et ça permet de revoir les gens.

     

Don’t

  • L’union laïc avec les musiques guimauve qui ont pour seul point commun d’avoir dans leur nom les mots « heart » ou « love »… Pleurez braves gens, de toute façon si vous n’aimez pas les mises en scènes sirupeuses, vos yeux brûleront.
  • Le photographe de mariage. Je n’ai pas vu les photos hein. Mais juste à voir le matos et sa façon de prendre les photos ou de cadrer, tu as peur. Et en plus il avait juste le chic pour se mettre exactement là où il ne faut pas.
  • Les gimmick. Je hais les trucs qui t’oblige à te lever en milieu de repas pour faire une choré à la con. Heureusement on a évité de Faire tourner les serviettes mais quand même.
  • Les jeux de mariage. De base.
  • Le DJ qui n’était pas capable de passer de la musique potable d’emblée. Son top 3 de mariage ? La danse des canards, Ca sent si bon la France et La Lambada. Est-ce qu’il a compris que quand tout le monde quitte la piste de danse, ça signifie surtout que les gens n’aiment pas ?

     

Voilà, grosso-modo.

Je me suis quand même amusé.

 

Pronostic

Le plus gros problème des mariages, c’est qu’une fois qu’on en est sorti, on ouvre la boite, l’idée d’un mariage possible.

Donc en rentrant chez moi, j’ai eu la discussion avec ma sœur. Son mariage. Mon mariage.

Déjà je sais que le mien aura lieu uniquement à la Mairie, parce qu’un mariage religieux me pose des problèmes de fond. J’ai lu Gélis, je connais la pléthore de symboliques païennes qui se cachent dans un mariage, même de nos jours. Le riz, la jarretière, ça je pense que je le garderai. Le bouquet c’est pareil. Je me demande si je pourrai trouver un ruisseau à traverser avec ma future. Et on trouvera sans doute des pierres à dévaler la veille, histoire d’améliorer nos chances.

Je sais aussi que mon DJ, je le choisirai bien. Vraiment bien. Limite je demanderai à un pote. Et pareil pour le bar et la cuisine d’ailleurs.

Et si je peux faire ça dans un endroit où tout le monde dors sur place, je le ferai aussi.

 

Alors on résume :

Campagne, mairie, rites païens, grosse baraque (avec la famille que j’ai et les potes que j’ai à inviter, j’en aurai pour facilement 90 personnes juste de mon côté), cocktails traitres, chorée de rock, pas de gimmick, pas de trucs débiles… Et surtout mon photographe, histoire de le faire chier pour de vrai, ça sera @Exirel ! Ou pas. J’ai une dizaine d’année pour organiser tout ça.

Protégé : Le château, la chaumière et l’Aventurier

mardi 26 juillet 2011 Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

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La Nuit des RU

mercredi 20 juillet 2011 § 12 Commentaires

L’heureux infortuné

C’est ainsi que je commence ma version 2. Parce que la version 1 faisait de toute façon trop catalogue, trop peu spontanée et trop bâclée pour être lue.

Ainsi commence le récit de trois semaines de garde, sans les démêlés liés à mes activités extra-scolaires. Quoique. Mais nous en reparlerons.

 

Gardes

J’ai donc commencé mes gardes dans un grand niveau 3 parisien peu avant le congrès de Marseille. Un énorme niveau 3, presque une ville. Et je dois dire que j’ai été passablement tourneboulé, tant le contraste est fort par rapport à mon précédent stage. Disons que j’ai vu là bas quelque chose qui illustre bien la diversité de la pratique obstétricale en France.

J’ai fait des gardes dans tous les sens, sans réel répit. Jour, nuit, mais en fait pas de week-end de jour (ce qui m’a épargné les consultations de fin de grossesse aux urgences). Je n’ai pas eu de garde vraiment apocalyptique ni de garde blanche. A chaque fois une bonne ambiance dans l’équipe (enfin l’équipe de sages-femmes), des chefs relativement ouverts à tout ce qu’on peut leur dire. Et des sages-femmes en admiration devant leur chef de service. Je me demande si un jour je me retrouverai face à un professeur que j’aimerai assez pour que des étoiles brillent dans mes yeux quand je parlerai de lui. Je doute que cela arrive un jour. Si déjà je trouve un professeur avec qui je veux collaborer…

Ces gardes m’ont amené de l’expérience. Je me suis retrouvé, je ne sais combien de fois, choppé par le col par une sage femme au moment des transmissions pour un accouchement imminent. Connaître la patiente ? Euh… ouais non, différent on a dit.

Et je me suis retrouvé, je ne sais combien de fois, appelé en stage pour une raison X ou Y. Poursuivi, je suis.

 

Encadrement

Une étrange expérience que ce stage. Parce que je me suis fait en-cadré et parce que j’ai encadré moi-même. Pour cela il faut introduire deux personnages : la cadre et la più-più.

La cadre, c’est la sage-femme qui a gère le service, et qui se met une garde de temps en temps pour combler un trou. J’avoue qu’elle m’a fait passer une garde absolument passionnante et exigeante. Se retrouver au milieu d’un accouchement, bombardé de question. On m’avait dit d’avoir un œil partout, et bien j’ai vérifié. Je regarde mon périnée et on me demande le rythme de base. Je suis en train de vérifier mon placenta et on me demande la tension et le globe. Pas de remise en question sur mes conduites à tenir, juste une sage-femme bienveillante au dessus de ma tête pour me déstabiliser un peu et pour me confirmer. T’as un doute ? Fait une RU ! T’attends quoi ?!

D’un autre côté, voilà la più-più. La PP1, la bizuth, la nouvelle, la bleue. Ca dépend des écoles, des associations et des villes. Mais on a tous un nom pour ça. Moi j’aime bien la mode marseillaise, donc je dirai più-più. Désespérée, dans le fossé entre le stage infirmier et le stage sage-femme. Mal à l’aise parce qu’elle ne comprend pas encore tout, mais qui progresse vite. Et donc moi sur le dos pour apprendre à encadrer. Quelques joies (quand on arrive à la pousser dans les pattes d’une sage-femme pour un premier 4 mains) et quelques sueurs froides (quand on l’empêche de faire une bêtise un peu grave qui pourrait genre… tuer une patiente ?). Si c’est comme ça que ça se passe pour les pros quand elles m’accueillent en stage, alors je comprends mieux certaines choses. C’est dur d’encadrer quelqu’un.

 

Seul sur la terre

Parfois, au milieu d’une garde, je me prenais une pause pour descendre au distributeur. Je fais ça assez souvent. Le coca du milieu de garde de nuit, histoire de se recharger en sucre, en caféïne, tout en buvant un truc bien glacé. Etrange escapade qui m’envoie loin de ma salle de naissance. Définitivement, on n’est bien que dans sa salle de naissance passé une certaine heure de la nuit.

Le problème d’un CHU, c’est que c’est ouvert à tout le monde.

Donc il traine des gens.

Une fois j’ai vu des mecs faire les cents pas dans le hall.

Une autre fois j’ai pêché une urgence qui venait pour une allergie à la lessive à 3h30 et qui n’avait pas trouvé la porte des urgences maternité. Pourtant c’est indiqué en énorme rouge à l’entrée. Mais peut-être qu’elle ne sait pas lire.

Encore une fois, j’ai surpris une famille de SDF, avec trois enfants encadrés par les parents, qui dormait dans un coin. J’ai pas fait de bruit pour éviter de les réveiller.

 

Et au milieu de cette ambiance particulière, si loin de la réalité quotidienne et du travail de la salle, la voiture pour enfant du coin commence à jouer le générique de K2000 au milieu de la nuit. Pour moi, ou pour elle-même. C’est là qu’on se rend vraiment compte qu’une partie des lieux que l’on connait par cœur de jour ; parce qu’on y passe, parce qu’on y travaille ; se transfigure au milieu de la nuit, vivant presque pour les fantômes.

 

Au reste ce stage m’aura apporté beaucoup d’expériences intéressantes, beaucoup d’urgences bizarres au milieu de la nuit, beaucoup d’histoires humaines difficiles, tragique ou émouvantes – trop d’ailleurs pour qu’elles tiennent dans ce seul article.

Et surtout beaucoup de RU*.

 

*Et pour ceux qui se le demandent, la RU, ou révision utérine, c’est le geste qui consiste à aller vérifier à la main si l’utérus est bien vide. Et oui, j’avais besoin de l’acronyme pour mon jeu de mot à la con.

Marseille, rires et larmes

jeudi 14 juillet 2011 § 2 Commentaires

Quand j’ai posé le pied sur le quai de Marseille St Charles, les yeux à peine remis de ma garde de nuit, j’ai su que ce congrès serait quelque chose de splendide. Le temps était au beau fixe et Marseille semblait déployer une âme commune aux villes de grand charme. 8e Congrès de l’Association Nationale des Etudiants Sages-Femmes, le troisième pour moi.

Au final, de Marseille, je n’ai vu que le Vieux Port en accéléré, la Gare et le Campus de Lumigny. Je n’ai même pas eu le temps de patauger dans les calanques, mais au moins j’ai vu la mer et j’ai bu du pastis avec des marseillaises qui disent vraiment « peuchère ! », et ça, ça vaut tous les pataugeages en calanque du monde. Surtout que j’ai déjà pataugé dans les calanques et que je le referai encore.

 

Vendredi fou

Je suis sorti de garde après 4 accouchements. Je peux dire que, sur mon stage actuel, je ne chôme pas. J’ai gérer des patientes avec, sans péri, avec acupuncture… essayez voir de faire votre dégagement avec une aiguille plantée juste entre la fourchette et l’anus ! J’étais sur les rotules, et ce n’était pas fini.

J’ai chopé mon sac en vitesse et je suis parti le plus vite possible vers la Gare de Lyon.

Les trois heures de TGV m’ont fait l’impression d’un Nubain. La fatigue, l’engourdissement, les douleurs musculaires. En écho au fond du wagon le cri déchirant d’un gamin qui hurlait après son jouet qui roulait sous un siège. Parfois j’ai été tiré de ma torpeur par un contrôleur SNCF sympathique et une voisine qui allait aux toilettes. Passé Aix en Provence j’avais une banquette entière pour m’allonger.

 

Et donc j’ai posé le pied sur le quai de Marseille St Charles pour mon 3e Congrès de l’Anesf. La grande cohue de la sortie, l’air sec et méditerranéen ; voilà le premier visage que j’ai vu de Marseille (et surtout le seul que j’avais jamais vu jusqu’à maintenant). J’ai rejoint une copine de promo au niveau du métro et nous avons retrouvé les parisiennes sur le Vieux Port. Je l’ai vu 10 minutes. J’ai vu la mer, les gens (un peu), le soleil tapant sur la pierre blanche. Et on s’est dépêché de partir vers Lumigny.

Dans le bus pour Lumigny, les discussions se font à battons rompus et intriguent les usagers. C’est quoi une sage-femme ? C’est quoi un étudiant sage-femme ? Et pourquoi on parle de ça ? Ah parce qu’on fait les accouchements en plus ? Et pendant ce temps le paysage Phocéen change, et alors que le bus se pose à l’orée d’un campus, pris dans les pinèdes et les calanques. Plus tard on m’a dit que des filles avaient vu des sangliers sur le campus.

 

On a été installé comme des rois, on a été choyé. L’ouverture s’est faite par une question pour un champion sur des thèmes sages-femmes et associatifs, avec des questions évidentes parfois, et parfois beaucoup moins. Les festivités se sont poursuivies avec l’apéro des régions. C’est une grosse fête où tout le monde met la main à la pâte en amenant des produits régionaux et des thèmes pour la soirée. Je ne sais pas trop ce qu’il y avait dedans, mais Clermont Ferrand avait un cocktail à base de thé vert qui a eu pas mal de succès.

J’ai finalement pu me reposer, attendant toutefois le lendemain avec une boule au creux du ventre.

 

Samedi stress et strass

La journée de Samedi s’est ouverte avec une conférence sur les sages-femmes, leurs compétences et leurs limites. Un sociologue, une sage-femme libérale de l’UNSSF (si j’ai bonne mémoire). Une conférence qui, dans la bouche de quelqu’un étranger à notre profession (mais qui a beaucoup travaillé dessus tout de même), place des choses que je pense depuis quelques temps : le manque de cohésion des très nombreuses associations de sages-femmes nous dessert.

Et ensuite les formations. Moi qui ne m’étais pas vraiment inscris quelque part, je me suis retrouvé à celle sur les métiers de genre. J’ai beaucoup rit intérieurement quand le mec qui s’occupait d’une parti de la formation a commencé à parler de la blogosphère féministe (je vous aime, @LaPeste, @Olympeblogueuse, @PoulePondeuse, @Eleusie_ et toute les autres) genre avec les petits hauts Petit Bateau (ah ah, la blague) sans même évoquer l’affaire Décathlon qui est pour moi tout de même plus choquante. Mais bon.

Une bonne formation, mais trop courte. Une heure pour tous les sujets que l’on a abordé (et au sujet desquelles je me fendrai bien d’un article un de ces jours) c’était beaucoup trop peu. On a ressenti un soupçon de sexisme planant par-ci par-là, pour ma plus grande tristesse ; et on a parlé des relations entre médecins et sages-femmes. Ouais, définitivement je vais me faire un article sur le sujet.

 

Je n’ai rien mangé du déjeuner. J’ai eu une réunion avec mon groupe. Ma liste. Mes BF de maintenant. Et nous sommes allés au front.

D’abord le bureau précédent a fait ses adieux. Emouvants. Parce que je les ai suivis plus ou moins pendant un an, de plus ou moins près. J’ai vu beaucoup de choses, mais en même temps beaucoup trop peu. Avec une bonne semaine de recul, je m’en rends davantage compte. Après des larmes de joies et de tristesse, après des standings ovations, après plusieurs saluts, ils sont allés s’assoir et nous, nous sommes descendus.

Un amphithéâtre, vu d’en bas, rempli d’étudiants sages-femmes, c’est impressionnant. Là ta belle gueule et tes bons mots, le speech en béton que tu avais préparé pour avoir l’air cool, et bien tout ça disparaît. Tu prends le microphone et tout ce que tu peux dire c’est « Euh… vous m’entendez ? Euh… alors en fait… » Les surrénales pompent à mort. T’as beau être la seule liste, t’as peur quand même. Les questions sont venues peu à peu. Plus ou moins pertinente, de plus ou moins bonne foi.

On a été élu, on a terminé l’Assemblée Générale, et on s’est préparé. Parce que le Samedi soir, c’est le Gala !

 

Le Samedi, dans un congrès, c’est Gala. Des robes de soirée, des smokings (or not smoking) et une ambiance classe et festive. Les filles aiment les galas.

L’orga avait réussi à trouver un golf, à nous monter un barnum sur le green. Un orchestre, un DJ, des fauteuils énormes de maitre du monde donnant sur le coucher de soleil, la Méditerranée et une fontaine. Du champagne, des encas, un début feutré. Une soirée très réussi quoi. Totalement à l’inverse de la soirée de la veille.

 

Dimanche, accepte ta condition

Dimanche, je me suis réveillé et j’ai commencé à déconner. Dédramatiser. Non, ce n’est pas moi. Les responsabilités m’ont rattrapé dans les cinquante secondes qui ont suivi la première bouchée de mon petit déjeuner. Des questions simples mais en même temps, c’était à moi de donner une réponse. Une introduction un peu rude.

Ensuite j’ai géré deux trois choses, j’ai aidé l’orga à faire un peu de rangement et on m’a gentiment raccompagné au métro.

 

A la gare j’ai croisé des parisiens sur le retour, qui prenaient le même train que moi. On a beaucoup parlé, on a mangé un McDo (parce que le McDo post-AG, ya que ça de vrai) et on est rentré. Un week-end exténuant mais tellement exaltant.

 

Déjà une semaine et demie. J’ai commencé cet article en rentrant de Marseille. Il devait s’agir de mon dernier article, un article d’adieu. Que j’ai mis du temps à écrire parce qu’il me faisait mal à sortir. Mais je me rends compte que la seule chose qui m’a permis de le finir, c’est d’avoir eu l’envie de continuer à écrire.

 

Guettez donc le prochain article. Et pour que ce blog fonctionne, je m’en vais modifier un peu mon disclaimer.

Eteindre les spots

lundi 4 juillet 2011 § 3 Commentaires

Il y a des moments dans la vie où on se sent vivant. Sous la lumière noire, au milieu d’une scène de cirque. Pendant que le public murmure, les quelques secondes avant que ne commence la musique semble réellement interminable. La main sur le périnée d’une patiente, à guetter avec deux phalanges le moment précis où on sentira l’arrête d’un nez minuscule, c’est la même chose. Le cœur bat à toute vitesse, on ne fait même plus la différence avec les percussions ou un monitoring qui s’emballe entre deux efforts expulsifs. On est là, sachant pertinemment que dans les cinq minutes qui vont suivre il va falloir se donner à fond et ne rien oublier.

 

J’ai donc fini mon stage de salle de naissance, j’ai commencé l’autre, j’ai eu mes résultats et … tant de choses à raconter qu’il va me falloir plusieurs billets. Commençons.

 

L’office

Il y a un endroit que j’ai toujours aimé et haïs : l’office. L’office des sages-femmes, le lieu où pour une demi-heure une garde de nuit un samedi soir est un peu moins pénible. L’endroit où, parfois, dans certaines maternités, on se retrouve à prendre le petit déjeuner avec des gens géniaux jusqu’à 11h du matin.

Et parfois on nous dit juste « On va faire ta validation… viens dans l’office », c’est-à-dire « là où on sera tranquille pour parler sans que personne ne nous dérange ». Toujours mauvais signe non ? Et donc, pour une rare fois, parce que mon stage n’était pas assez satisfaisant, on m’a dit de revenir faire une garde en plus.

C’est toujours difficile d’avoir à faire face à la critique d’une professionnelle sur la synthèse de dossier que j’ai toujours du mal à mettre en œuvre (d’ailleurs on voit le résultat en clinique), mais quand c’est constructif et bien fait, ça passe. Le plus bizarre, c’est quand on nous met face à tous les arguments pour et contre la validation de la garde et qu’on se retrouve à appuyer sur le bouton contre. Parce que ça sera mieux pour mes futures patientes.

C’est bizarre comme certains endroits peuvent être chargés en émotion.

 

Je suis heureux que ce stage soit fini, et malgré la garde non validée j’ai l’impression d’avoir réellement progressé. Mais j’en reparlerai.

 

La scène

Je n’étais pas monté sur scène depuis… longtemps. Quatre ans je crois ? La fin de la terminale. Du théâtre d’impro, livrant à moult paires d’yeux un spectacle plus ou moins correct. Improvisé.

Mon spectacle de rock s’est fait dans la joie, la bonne humeur. Le stress des dernières répétitions, les ajustements de costumes, la sueur, le sang, la fureur, l’exaspération, tout cela et plus encore pour 3 minutes 32 secondes de rock-acrobatique sur une scène de Cirque et une sortie sans concession. Pas de cabotinage.

Tout ça pour ça.

Le frisson de monter sur scène dans le noir et de prendre une pause, déjà. Parce que mine de rien on entend le public qui murmure, qui chuchote, les cris des enfants. Et d’un coup, lumière, silence. Dans un cirque le premier rang est toujours éclairé. Ce n’est pas un monstre noir et bruyant comme dans un théâtre. Il n’y a pas de rectangle noir accroché au quatrième pan de mur qui répond à la vie par des rires, des cris et des applaudissements.

Et la musique commence. Et les danseuses arrivent. Les pieds bougent seuls, ou presque. On n’a presque pas conscience de ce que l’on fait tant on est absorbé. Je ne me souviens même pas vraiment de mon passage sur scène. Un grand blanc. Un coup on est en pleine lumière alors que la chorégraphie débute, et l’instant suivant on est dans les coulisses à se féliciter les uns les autres parce qu’on sait qu’on a été bon. Il n’y a pas d’autres possibilité, si ?

 

Et après cela on est sorti. Boire un verre pendant que le public subissait la fin du spectacle (à quelques exceptions près, dixit ma sœur). On a bu, puis on a mangé et dansé. Puis un mec a payé sa tournée de mojito, donc on a rebu. On est sorti du bar tard, au fond de la nuit. Ma danseuse était fine saoule et essayait de faire des prises de judo à un mec du groupe. On est remonté sur Oberkampf finir la soirée et ensuite on s’est séparé.

 

Les résultats

En fait, la veille du spectacle, j’ai eu me résultats qui annonçaient des rattrapages. Pas de surprise. J’ai eu le droit à quelque chose promise depuis longtemps, avec les effets que j’attendais de ce genre de comportement. De toute façon, quand on est à cours d’argument, le meilleur moyen d’avoir raison reste de coller une baffe à qui de droit. J’essaierai d’en faire autant la prochaine fois, j’aurai l’air crédible comme ça. Quoique.

Après la proclamation des résultats on est sorti. Le groupe habituel. Parce qu’on n’avait pas vraiment envie de participer au goûter. Alors on est allé boire un verre vers le Luxembourg. On a parlé mariages (ceux qui auront lieu cet été, ceux qui auront lieu après le diplôme, le mien qui n’aura, je l’espère, jamais lieu) et réalités professionnelles. Et on s’est raconté les derniers potins. Parce qu’on ne se revoit pas avant Septembre, sans doute, et que deux mois c’est long mine de rien.

 

Je crois que les jours qui ont suivi ont été les plus étranges de ma vie. Un peu irréel, un moment de suspension. J’avais fini ma mission à l’Anesf, je ne commençais pas les gardes avant le mercredi… et mon mémoire… ah oui, mon mémoire qui refusait d’avancer. Dans un an je relirai ces lignes et tout cela me semblera très loin.

Under the spotlight

samedi 18 juin 2011 § 10 Commentaires

Avec le scialytique derrière l’épaule, au milieu du bloc opératoire, je me suis demandé comment j’en étais arrivé là. A ma gauche, la sage-femme me regardait faire pousser, à ma droite, l’interne, habillé pour l’accouchement, massait ses énormes mains en rongeant son frein et derrière moi, la chef me faisait des clins d’œil pour m’encourager.

Ah oui, je sais comment. On a tenté le coup avec la sage-femme. On était à la fin du travail, ça ne s’engageait pas, j’ai regardé la sage-femme dans les yeux, elle y a lu un truc et elle a appelé la chef de garde pour lui faire un deal. Un genre de truc zarb que je n’aurais même pas imaginé. Celui où on se retrouve à se laver les mains devant le bloc à côté de l’interne : lui pour une césarienne, moi pour un accouchement. Un jeu de sage-femme et de médecin, à se demander qui gagnera le pari de sortir ce bébé par voie basse.

 

Voilà où en est mon stage, je suis frustré.

 

Frustration donc

Je suis arrivé au moment où je suis un presque-sage-femme. Ca veut dire que selon mes résultats, je serai en mesure de faire des remplacements l’année prochaine.

Je vois le chemin que j’ai parcouru pour arriver où je suis mais je vois surtout le chemin qui me reste à parcourir. Je suis frustré parce que des situations comme celle-ci j’en ai eu plusieurs ces derniers temps. Des choses plutôt dures, quand à un moment, devant un rythme pathologique tous les yeux se tournent vers moi parce que la sage-femme attend de moi quelque chose. Un « je vais appeler le médecin parce que votre bébé a du mal à supporter le travail » ou un « C’est bon on peut attendre ».

Cela semble tellement facile vu de l’extérieur.

En deuxième année on croit que c’est simple, parce que dès qu’un problème survient on a une sage-femme qui prend la main et on l’assiste. Là c’est à nous de prendre une décision parce que notre sage-femme, notre garde fou qui jusque là faisait en fait tout le travail, s’attend à quelque chose. Qu’on lui montre qu’on en est capable.

Et c’est dur. Je ne fais pas vraiment d’erreur, mais mes sages-femmes doivent encore parfois reprendre la main, me rappelant ma condition d’étudiant.

 

C’est très frustrant en fait, la fin de la troisième année. Comme me dit une sage-femme, « Dans un an t’es sage-femme ! ». Justement je flippe.

 

Flippons donc un peu

Oui, je flippe.

Un an ça passera vite. Cette année est encore passée à une vitesse absolument ahurissante et quand je vois ce qui m’attend dans le monde pro, j’ai presque envie de rester étudiant. Trop facile : pas de facture, pas d’impôt, des parents, une vie simple, presque pas de responsabilité et peu de monde à qui rendre des comptes. Mais même cela n’est pas vrai. Etudiant sage-femme, cela ampute déjà trop de ces facilités : peu de week-end, peu de temps pour simplement vivre comme j’aimerais le faire. C’est fou ce que ça prend comme temps, ces études.

Je flippe parce que pour l’instant je ne me sens pas prêt. C’est un peu comme si on jouait au Jenga avec mes épaules et des responsabilités. Dès que j’ai trouvé un équilibre, on me rajoute un morceau de bois en plus.

J’ai encore un an hein, c’est une bonne chose. Mais je sens que ma première garde comme sage-femme pro sera vraiment stressante.

 

Et donc, sous mon projecteur

J’ai donc fait pousser ma patiente. La sage-femme aussi. Avec ces phrases un peu clichées qu’on nous colle à la peau.

Le bébé qui était tout en haut est descendu tout en bas. On a continué et on l’a sorti voie basse. La seule vraie plaie vaginale a été faite par l’interne qui a examiné comme une brute un périnée un peu fragile. On a emporté le bébé cinq minutes plus tard, sous les yeux d’une infirmière de bloc qui n’était pas vraiment habituée à ça, d’une anesthésiste avec la larme au coin de l’œil, d’un infirmier anesthésiste qui avait regardé tout ça par au dessus depuis le début et qui avait un sourire un peu idiot.

Quand je suis entré dans la salle avec le bébé dans les bras, tout le monde était content qu’on ait évité la Césarienne, preuve que parfois cela vaut la peine de parier avec audace contre un médecin (même si le fait d’avoir une bonne chef de garde ce soir là a été d’une aide certaine). Une sorte de petite victoire pour les sages-femmes ce soir là.

Mais moi j’étais frustré. Parce que mon regard disait à la sage-femme qui venait de prendre sa garde « J’ai suivi cette patiente toute la journée, c’est trop con si on finit en Césarienne ». Et parce qu’elle, elle a osé un pari que je n’avais même pas imaginé.

L’expérience de la sage-femme contre la naïveté de l’étudiant.